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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/417

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cloisons, qu’on a acheté, à Paris, pour l’appartement de l’impératrice, un millier de mètres d’une tenture rare ; maçons, menuisiers et tapissiers travaillent.

Sous les fenêtres mêmes du palais, de l’autre côté de la rue, les terrassiers font rage et remuent des montagnes. Il y avait là un couvent inoffensif, mais qui masquait la vue, comme le moulin de Sans-Souci, et qui, moins efficacement défendu, fut rasé, pour l’empereur, en 1888. Sur l’emplacement qu’il occupait, on devait dessiner un jardin ; on avait même posé les grilles et semé le gazon. Puis, l’empereur parti, on avait laissé le gazon devenir de l’herbe folle ou disparaître, si bien que le jardin projeté s’était métamorphosé en un terrain vague. Il fallait lui faire la toilette, pour que Guillaume ne le vît pas, en 1893, moins avancé qu’en 1888. La ville elle-même, quoiqu’elle eût justement en ce mois, au dire des archéologues, deux mille six cent quarante-huit ans, se sentait en veine de coquetterie et, toute au plaisir jusqu’au lendemain, bénissait le jeune César, à l’intention duquel des architectes se disposaient à la débarrasser de la poussière des siècles et à la farder de badigeon.

Devant la gare, à Piazza Termini, afin que le coup d’œil de l’arrivée fût plus gai, on s’ingéniait à masquer, derrière des échafaudages, les pilastres et les murs, demeurés dans le même état qu’il y a cinq ans ; on revernissait les lions de la fontaine, lesquels, s’il faut s’en rapporter au Diritto, « coûtent plus cher pour leur entretien que s’ils mangeaient de bons biftecks ; » on plantait partout des candélabres et des mâts, pour y poser des lampes électriques. Le journal populaire, le Petit Journal de Rome, le Messaggero, faisait écho à son confrère ; il demandait que l’empereur allemand a fût nommé assesseur honoraire de l’édilité et du plan régulateur de Rome, » puisque pour lui se faisaient des miracles d’activité qui ne se seraient jamais faits sans lui.

Maintenant, on était fixé sur le voyage de Guillaume II : il serait accompagné de quatre-vingts personnes. Les noces d’argent perdaient leur caractère intime, leur caractère italien ; elles devenaient européennes. L’empereur d’Autriche ne venait pas, mais il envoyait l’archiduc Rénier ; le grand-duc Wladimir, frère du tsar, venait ; la reine douairière de Portugal, Maria-Pia, fille de Victor-Emmanuel, et le duc d’Oporto y viendraient ; le prince régnant de Monténégro, le prince héritier de Grèce, d’autres encore seraient là. Les puissances accréditeraient des ambassadeurs extraordinaires, comme pour le jubilé pontifical. Et c’était, en effet, un autre jubilé, le jubilé royal, et dans la même ville, dans Rome même.

La vanité des peuples ne calcule pas. Fêtes, fêtes et fêtes ! Sous tant de fêtes, on découvrait un grand intérêt politique, qu’il plaisait