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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/406

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montagnes et que, ou bien il irait, ou bien, s’il ne le pouvait pas, il enverrait le prince Humbert.

Si le roi va à Vienne, il est certain qu’il recevra de Berlin une invitation et qu’il ne pourra s’y soustraire…..

Je crois que ce voyage est hautement politique pour les raisons suivantes :

1° Après nous être établis à Rome, après avoir fait la loi sur les corporations religieuses, le bon accueil de Sa Majesté apostolique consacre diplomatiquement ces faits……..

2° A Berlin, on désire beaucoup que le roi vienne et, s’il n’y allait pas, les défiances augmenteraient. Tu sais qu’on y connaît de point en point toutes les histoires de 1869 et de 1870. Les soupçons dont on n’a jamais pu se débarrasser tout à fait pulluleraient, deviendraient plus forts, et l’occasion de les dissiper ne s’offrirait plus aisément…….

Les Italiens éprouvent le besoin de se serrer plus étroitement près de l’Allemagne, et le fait du voyage rassurerait les esprits.

Tels sont, à mon sens, les très graves motifs qui conseillent ce voyage. Et à toi, que t’en semble ?

Si tu es de mon avis, je crois que tu pourrais efficacement aider à la bonne réussite. Le roi a pour toi beaucoup d’estime, il sait que tu es un interprète franc de l’opinion publique, que ton jugement est droit et que tu as non moins d’amour pour la patrie que d’affection pour sa personne et pour la dynastie. Si donc il te consulte, tes paroles pourront être plus efficaces que celles d’un ministre, qui ont toujours quelque chose d’officiel. Et si même tu n’arrivais point à lui parler en confidence, tu peux quand même exercer sur son esprit une influence d’autant plus grande qu’il ne suppose pas que tu le fais à ma prière, mais de ton propre sentiment.

Ton ami,

M. MINGHETTI.

Cette très fine et très habile épître de M. Minghetti trouva Michel-Angelo Castelli favorablement disposé et le disposa mieux encore, en le flattant comme il convenait. Castelli se fit un point d’honneur de prouver qu’on n’avait pas tort de s’adresser à lui : en deux jours, il acheva le siège et, le 28 août, il pouvait avertir en ces termes M. Lanza :

Je suis allé hier à Turin et j’ai pu, un instant, causer avec le roi. Minghetti m’avait écrit pour que je m’employasse de mon mieux à décider Sa Majesté au voyage de Vienne et de Berlin. Les choses paraissaient en bonne voie, mais le prince Napoléon étant arrivé avant-hier, je crains qu’il ne nous ait suscité des obstacles sérieux ; toujours est-il que le roi, hier, au départ pour Florence, était fort perplexe.