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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/405

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vingt ans après que Victor-Emmanuel est allé chercher l’empereur Guillaume Ier, son grand-père, à Berlin ; de sorte qu’au lieu de compter par lustres à la manière antique, l’Italie moderne a le droit de compter par visites impériales : 1873, Victor-Emmanuel va à Berlin ; 1875, Guillaume Ier vient à Milan ; 1883, le futur Frédéric III vient à Rome ; 1888 et 1893, promenades triomphales de Guillaume II.


I

Dans ces voyages de souverains, comme dans les plus vulgaires voyages, c’est le premier pas qui a coûté. Victor-Emmanuel ne s’était pas décidé sans peine à prendre le train d’Allemagne ou plutôt on ne l’y avait pas décidé sans artifice. Une occasion se présentait : au mois de mars 1873, François-Joseph avait invité le roi d’Italie à se rendre à l’exposition de Vienne. Le ministère Lanza eût vu avec plaisir que Victor-Emmanuel acceptât cette invitation et poursuivît, après, jusqu’à Berlin. Mais le roi hésitait : il avait peur de l’effet que produirait en France une telle démarche, peur aussi parce qu’il était sûr qu’on n’ignorait pas à Berlin ses négociations de 1869 et de 1870, ses coquetteries avec Napoléon III.

En juin, M. Minghetti remplaça aux affaires M. Lanza. L’idée d’aller à Vienne et à Berlin lui souriait plus encore qu’à son prédécesseur ; il lui prêtait une importance extrême « à cause de l’agitation des partis, en France, pour restaurer la monarchie d’Henri V » et du contre-coup que cette restauration pouvait avoir sur la position de l’Italie à Rome. Toute une intrigue fut nouée, afin de vaincre les résistances du roi. M. Minghetti était lié de longue date avec Michel-Angelo Castelli, ami personnel de Victor-Emmanuel et premier secrétaire de l’ordre des Saints-Maurice et Lazare, charge qui lui donnait ses grandes et ses petites entrées. Il s’empressa de le mettre dans son jeu, et voici la lettre qu’il lui écrivit [1] :

(Confidentielle.)

Livourne, 25 août 1873.

Mon cher ami,

Je suis en un moment difficile et j’ai recours à toi pour que tu me conseilles et m’aides. Tu sais que le roi a été, à plusieurs reprises, invité par l’empereur d’Autriche à se rendre à l’exposition de Vienne. Le roi a fait répondre, le 10 juin, qu’il déciderait à son retour des

  1. Luigi Chiala, Pagine di storia contemporanea, dal 1858 al 1892. — Fascicolo 1° : Dal convegno di Piombières al congresso di Berlino, p. 155.