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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/399

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à celles qui sont nécessaires aux récoltes les plus abondantes. La réunion de ces circonstances favorables se rencontre parfois fortuitement. On reçoit dans un laboratoire de chimie agricole un envoi de terre, on le met en expériences ; il fournit des nitrates en telle abondance qu’on croit au premier abord que la terre a été additionnée de nitrates, et qu’il faut s’assurer que l’acide azotique est bien combiné à la chaux et non à la soude, pour comprendre que cette production exubérante est due à ce que la terre, au moment de son prélèvement, pendant le voyage et sa mise en expériences, a été remuée, secouée, intimement mélangée. Il est facile au reste de déterminer, au laboratoire, dans une terre, une formation de nitrate excessive, en la triturant avec beaucoup de soins et la maintenant humide ; si elle est sèche, la trituration ne produit aucun effet.

Ces notions récemment acquises éclairent singulièrement les pratiques agricoles. Que font les hommes qui travaillent la terre ? Pourquoi ont-ils, depuis l’antiquité la plus reculée, attelé à un pieu durci au feu un bœuf, un cheval, un âne, et ont-ils chaque année, souvent plusieurs fois dans la même année, ouvert le sol ? Pourquoi, à mesure des progrès de la civilisation, ont-ils apporté tous leurs soins à construire des charrues de plus en plus puissantes ? Pourquoi à ce travail de la charrue ajoutent-ils aujourd’hui celui d’une herse à dents pointues et recourbées, qui, promenée sur les grosses mottes de terre qu’a laissées la charrue, les brise, les triture et les réduit en poudre ?

Depuis des siècles, ce travail de la terre est l’occupation principale des cultivateurs ; c’est le travail par excellence, le labor, et l’homme qui s’y livre, le travailleur, s’appelle encore laboureur. Que fait ce laboureur ? Deux choses : il ouvre son sol et le rend propre à emmagasiner de l’eau, à la retenir, sans la laisser couler comme elle ferait sur un sol durci, pour que la terre saturée d’humidité puisse fournir à la plante, au printemps, l’eau qui lui est nécessaire ; en outre, il dissémine, bien qu’il l’ignore encore profondément, le ferment nitrique.

On trouve souvent cent fois plus de nitrates dans un échantillon de terre remuée que dans un autre échantillon de même nature, maintenu dans les mêmes conditions d’humidité et de température, mais laissé en repos. Et ce n’est pas sans un amer retour sur la lenteur de la marche de l’esprit humain, qu’on songe qu’il a fallu attendre jusqu’à la fin du XIXe siècle que M. Pasteur ait dévoilé le rôle immense des micro-organismes, que MM. Boussingault et George Ville eussent découvert le rôle prépondérant des nitrates dans l’alimentation végétale, que MM. Schlœsing