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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/385

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la matière organique azotée en ammoniaque sont nombreux ; tandis que la plupart des transformations déterminées par l’activité des micro-organismes sont étroitement liées à la présence d’une espèce microbienne particulière, absolument spécialisée dans la production de certaines substances, d’autres métamorphoses sont au contraire provoquées par plusieurs espèces différentes. La production de l’ammoniaque est ainsi une fonction banale qui appartient à des organismes variés.

Le mécanisme de cette transformation nous échappe encore. L’humus de la terre très riche en carbone est constamment soumis à des actions oxydantes ; sa molécule complexe se dégrade peu à peu en perdant du carbone qui apparaît dans l’atmosphère du sol sous forme d’acide carbonique, et quand on dose simultanément dans un sol resté longtemps sans fumier le carbone et l’azote, on trouve que le poids du carbone n’est plus guère que quatre fois celui de l’azote, tandis qu’il est huit ou neuf fois plus fort dans des sols fumés régulièrement. Comment les micro-organismes réduisent-ils à l’état d’ammoniaque cette molécule déjà très riche en azote, c’est ce qui jusqu’à présent n’est pas éclairci. Si le détail nous est inconnu, le fait lui-même est de la plus haute importance. Quand la matière azotée complexe qui a fait partie intégrante d’un végétal s’est réduite à l’état d’humus, puis qu’enfin son azote apparaît sous forme d’ammoniaque, quand un tissu animal se décompose en produits putrides parmi lesquels domine encore l’ammoniaque, l’azote est arrivé à une de ces étapes où brusquement son éternel voyage change de direction.

Jamais les belles expressions de M. Pasteur, sur le rôle des micro-organismes dans les transformations de la matière, ne s’appliquent plus justement qu’à la métamorphose des matières azotées complexes en ammoniaque ; c’est par l’action des fermens que la matière morte reprend la forme sous laquelle elle va de nouveau pénétrer dans les êtres vivans : « Sans ces micro-organismes, la continuité de la vie serait impossible, car l’œuvre de la mort serait incomplète. »

C’est qu’en effet, une fois que l’humus dégage son azote à l’état d’ammoniaque, celui-ci est assimilé, entraîné dans les tissus de la plante où il se rétablit à l’état de matière organique complexe.

Le grand circulus dans lequel la matière est sans cesse engagée apparaît ici avec une admirable clarté.

L’animal périt, le végétal meurt, leurs cadavres deviennent la proie d’une légion d’insectes, puis une armée de bactéries leur succède, pullulant dans cette matière que la vie a abandonnée. le carbone et l’hydrogène s’échappent à l’état d’acide carbonique et