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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/368

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un ruban rouge, à l’instar de son ordre de la Toison d’or ; en 1651, ils s’adressent au roi d’Espagne pour « qu’ils soyent armés chevaliers par l’épée d’honneur et joïssent des prééminences appartenantes à semblables chevaliers. » Les rangs n’étaient ouverts qu’aux nobles de quatre lignées. A travers l’éclipsé de la révolution et de l’empire, la confrérie se soutint jusqu’en 1830, reconnue à peu près officiellement par Louis XIV qui en exigea le serment, par Louis XV et Louis XVI qui lui envoyèrent leurs portraits en pied, avec cette inscription : « Donné par le roi aux chevaliers de Saint-George de son comté de Bourgogne. » Une ordonnance de 1824 la consacra légalement, et ils eurent le droit de porter ostensiblement leur décoration. Comme soldats, ils payaient largement leur dette à leur pays : sous Philippe le Bon, ils se distinguent aux batailles de Bar et de Gaure ; à Pavie, Jean d’Andelot blesse à la joue François Ier, et un autre Comtois, Jean, bâtard de Montmartin, le fait investir par sa compagnie ; beaucoup accompagnent Charles le Téméraire à Granson, à Morat, à Nancy, et mainte famille noble de notre province s’éteignit à cette époque. Quant à leur rôle politique, il commence à partir de 1630, avec la victoire du parlement sur l’aristocratie. A plusieurs reprises, la confrérie adressa des manifestes à la nation comtoise : une première fois, en 1673, pour désavouer officiellement cette entreprise de Listenois que sans doute la plupart de ses membres approuvaient individuellement ; — puis, sur la demande du gouverneur, pour recommander aux députés des villes de consentir l’impôt annuel établi par l’Espagne, démarche tout au moins maladroite, puisqu’en leur qualité de gentilshommes, les chevaliers demeuraient exempts de cette contribution ; — enfin, après la seconde conquête de Louis XIV, cette sollicitation de la cause de la nation, revendication aussi courageuse qu’inutile des vieilles franchises de la province, du droit de réunir ses représentans « toutes et quantes fois lui semble. » Dans une instruction laissée en 1754 à son successeur M. de Beaumont, par M. de Sérilly, intendant de la Comté, on lit cette hautaine appréciation d’une confrérie chevaleresque qui, à défaut d’autre mérite, sut rester debout, plus moulue que ployée. « La noblesse de ce pays est assez bonne, elle tire la plus grande partie son origine de la robe ; l’autre partie, la noblesse d’épée, est assez chimérique et imaginaire ; elle est autant fière qu’elle est pauvre, et elle est très humiliée en comparaison de ce qu’elle était autrefois. La politique n’est pas mauvaise de la tenir dans cet état de pauvreté, pour la mettre dans la nécessité de servir et d’avoir besoin de nous. Il y a une confrérie de cette noblesse, vulgairement et improprement qualifiée de chevalerie de Saint-George, parce que cet établissement n’est point patenté, il est simplement toléré. Cette confrérie s’assemblait autrefois dans