Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/358

Cette page n’a pas encore été corrigée


tragédie terminée par un dénoûment de comédie, le mariage d’une sœur du comte Othon III avec Hugues, fils de Jean de Chalon, dit l’Antique ou le Sage. Un grand politique, ce Jean, figure de patriarche féodal, qui marie à propos la force et la diplomatie, aliène ses comtés de Chalon et d’Auxonne pour acquérir la baronnie de Salins et d’autres seigneuries, occupant une situation hors de pair dans notre province, avec ses immenses fiels étendus partout comme les racines d’un chêne gigantesque, ni souverain, ni sujet, qui prend saint Louis pour arbitre de sa querelle avec son fils, achète les droits de suzerain et de monétaire à Besançon, accorde des chartes d’affranchissement ; un des premiers qui comprirent la nécessité de s’appuyer sur le peuple, l’éternel oublié, l’éternel meurtri qui demeure aussi l’éternelle source de résignation et de sacrifice. Après sa mort (1266), la querelle des deux branches, fomentée par Rodolphe de Hapsbourg, ne tardera pas à renaître, mais un fait nouveau va dominer l’histoire de la Comté, l’effort des rois de France pour l’attirer à eux ; et tandis que l’empereur bat les comtes de Montbéliard et de Ferrette, assiège Besançon, arrache à Othon IV la reconnaissance de sa suzeraineté, celui-ci, toujours prodigue et imprévoyant, vend le gouvernement et la perception des revenus de son comté à Philippe le Bel, puis, par un second traité, s’engage à marier sa fille Jeanne à l’un des Fils de France, abandonne en même temps la Comté au roi, comme administrateur des biens du fiancé. Et désormais il prend part à ses guerres, reçoit des honneurs, des subsides, des secours de tout genre. Philippe le Bel se hâta d’occuper militairement la province, mais, sous la conduite de Jean de Chalon-Arlay, une partie des barons comtois se liguèrent avec Rodolphe, le roi d’Angleterre, le comte de Flandre, et ils résistèrent cinq ans. Enfin ils mirent bas les armes. Comme plus tard Louis XI, comme Henri IV, Philippe le Bel achetait plus de villes qu’il n’en prenait (1295-1301). Jean de Chalon-Arlay, qui fit sa paix avec lui et, entre autres avantages, obtint une pension annuelle de mille livres, continua l’œuvre de son père : suzerain de Neuchâtel en Helvétie, il possédait la majeure partie du Jura actuel, avait à Besançon les tribunaux de vicomte et de mairie, multipliait les chartes d’affranchissement ; et les nouvelles communes s’empressèrent d’appeler des colonies de juifs qui répandirent le goût du commerce. « Nous avions pauvre pays, plein de déserts et de montagnes, manquant de tout, lors que de bêtes sauvages, mais le grand sire de Chalon nous a donné liberté et franchise. » L’influence française se traduisit par d’utiles institutions ; un parlement, une université fondée a Gray par Othon IV, ou plutôt ébauchée (car les lettres patentes restèrent à l’état de lettre morte), confirmée en 1285 par le pape, sous le nom