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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/310

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a voulu sauver du pillage toutes les antiquités grecques auxquelles les brocanteurs donnaient la chasse ; dans l’ardeur de son zèle de néophyte, il a fait promulguer, le 23 rebi-ul-akhir 1301, un iradé impérial qui, sous prétexte de prévenir les razzias, gêne souvent les recherches savantes, et est régulièrement enfreint ; explorateur infatigable, il a suivi l’ingénieur Humann au mausolée d’Antiochus, sur la montagne de Nimroud, en Comagène ; il a campé sur l’emplacement des temples de Pergame, et couru un peu partout, sur la piste des archéologues européens. Il a réuni, à force de soins, une belle collection de statues et de médailles, et l’a installée au cœur du Vieux sérail, dans le Kiosque-aux-faïences (Tchinli-Kiosk). Mais ce n’est pas là son principal titre de gloire : le 19 avril 1887, son excellence Hamdi-Bey quittait Constantinople pour se rendre à Saïda, en Syrie. Il découvrit dans les caveaux d’une nécropole royale plusieurs sarcophages de marbre blanc que l’on a mis, avec raison, au nombre des merveilles les plus authentiques de la statuaire grecque. Tous les dévots de l’art antique sont maintenant obligés de faire le pèlerinage de Constantinople pour admirer dans le Kiosque aux faïences les cavaliers ressuscites, auxquels le ciseau d’un sculpteur inconnu avait donné le mouvement et la vie, et les pleureuses voilées qui marchent, en processions graves et lentes, autour des sarcophages de Sidon. Les artistes et les archéologues ont tressailli d’un légitime enthousiasme ; les Turcs ont été contens sans savoir pourquoi ; les Hellènes se sont réjouis comme s’ils avaient repris un morceau des conquêtes d’Alexandre ou une province de l’empire byzantin.

Les trois métropoles de Smyrne, d’Éphèse et de Philadelphie sont peut-être, de tous les diocèses orthodoxes de la Turquie, les plus peuplés d’écoles et d’instituteurs. « La Hellade, écrivait en 1728 le géographe grec Mélétios, la Hellade, nom autrefois grand et glorieux, maintenant humble et misérable, est appelée la Grèce par les Européens, et la Roumélie par les Turcs et par les autres peuples ; dans le sens le plus étendu, elle comprend l’Épire, l’Acarnanie, l’Attique, le Péloponnèse, la Thessalie, l’Étolie, la Macédoine, la Thrace, les îles grecques de la mer Ionienne et de la mer Egée, et toute l’Asie-Mineure. » Ne pouvant reconquérir par le sabre tout cet empire un peu chimérique, les Grecs, les héritiers des Romains d’Orient, les Roums [1], comme les Turcs les

  1. Les gens du peuple, aussi bien dans la Grèce libre que dans la Grèce turque, ont coutume de désigner leur nationalité par le mot ῥωμαῖος. Hellène est un titre officiel, ressuscité par la diplomatie et par l’esprit classique. — Les touristes d’Occident qui, par amour de la couleur locale, se désignent eux-mêmes sous le nom de roumis, font du pittoresque à faux. Les Turcs appellent les Occidentaux Firenk (franc). Le mot Roum est réservé aux Grecs sujets de la Porte. Quant aux Grecs affranchis, les Tares les désignent par le mot Iunan, où quelques linguistes veulent voir un ressouvenir de l’ancienne Ionie.