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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/303

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diplomatique, une « source perpétuelle de difficultés. » Ce sont les prêtres catholiques, leurs paroissiens, et l’innombrable population des couvons et des écoles que le saint-siège et la République française soutiennent et subventionnent dans toutes les parties du Levant. Les consuls français sont les protecteurs officiels de tous les catholiques établis dans l’empire ottoman et en Egypte, à quelque nationalité qu’ils appartiennent. La République a bien fait d’accepter cette tâche, qui est un legs glorieux de l’ancien régime ; car, si nous renoncions à ce patronage, notre influence en Orient serait ruinée du même coup. Mais combien ne faut-il pas de tact et de prudence à nos agens, pour voiler ce qu’il y a d’un peu ambigu et de légèrement embarrassant dans leur situation ! Le gouverneur des Dardanelles disait un jour à notre vice-consul : « Dans votre pays, vous faites aux curés mille misères ; et, ici, vous prétendez être leurs défenseurs ! » Et puis il arrive que, de temps en temps, un Français de passage, tenu à distance à cause de ses allures équivoques, s’avise de faire une grosse malice à son consul en écrivant une lettre aux journaux qui tiennent boutique de dénonciations anonymes. Combien de fois n’a-t-on pas enregistré les méfaits de l’agent diplomatique du Caire, coupable d’assister à la messe en compagnie de ses administrés, et les crimes du consul de Jérusalem, atteint et convaincu de se rendre au saint-sépulcre, avec le patriarche latin, la nuit de Noël ! Pour paralyser l’action d’un bon serviteur du pays et pour compromettre notre prestige aux yeux des sujets chrétiens de la Porte ottomane, il suffira peut-être qu’un député radical porte à la tribune du parlement ces inepties. Les députés qui voyagent au loin et qui ont vu, de leurs yeux, les mille complications des choses humaines sont malheureusement très rares. Parmi les autres, combien en est-il qui puissent comprendre que l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation ? Enfin, la plus grande fermeté doit être une des principales vertus de nos consuls du Levant, parce que des prétentions rivales, nées d’hier, s’élèvent à chaque instant contre notre monopole, pour en contester le principe et en gêner l’exercice. Il est humiliant pour l’ambassadeur d’Italie, pour l’internonce d’Autriche, pour l’ambassadeur d’Allemagne, de voir, depuis Constantinople jusqu’au fond de l’Arabie, leurs sujets catholiques soumis à la tutelle et à la juridiction de la France. Il y a, dans toutes les grandes villes de la Turquie, une lutte sourde et acharnée, où l’arrogance de la triple alliance se brise inévitablement contre la puissance pacifique et invincible d’un passé qui est, à l’heure présente, notre trésor le plus précieux, et contre le préjugé des foules très bonnes et très naïves qui, sur les montagnes de