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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/287

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SMYRNE [1].


I

Quand le vent du sud-est, déchaîné sur l’étendue de mer libre qui sépare Nikaria de Chio, fait déferler la houle au pied des falaises du cap Kara-Bournou (le cap Noir), les paquebots sont obligés de mouiller au large, et l’embarquement est très malaisé. Pour prendre passage à bord de la Clio, de la compagnie du Lloyd, en partance pour Smyrne, je dus subir une assez longue navigation à la rame sur des vagues furieuses qui m’eussent éclaboussé d’écume, si Kharalambos, toujours prévoyant, avait jeté sur mon dos une toile goudronnée, afin de me préserver des embruns.

Quelques heures après, la bise aigre était tombée ; l’eau était apaisée et calme sous le ciel lavé. Chio, l’île charmante et tragique, s’évanouissait à l’Occident, et, du côté de l’aurore, l’Asie apparaissait au-dessus des eaux, en une ligne de côtes encore indécises, comme un amoncellement de brumes violettes. A mesure que nous avancions, nous pouvions distinguer, au loin, les salines blanches de Phocée, et la grève où s’éparpillent les maisons grises de Tcheschmeh.

Au moment où la Clio double le promontoire de

  1. Voyez la Revue du 1er janvier.