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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/240

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conduit surtout par les inspirations de son ancien gouverneur, dont il a fait son président du conseil, et que M. Dokitch est un habile homme, qui s’entend à ourdir des complots et à monter des drames qui réussissent. M. Ristitch, à qui il faisait ombrage, avait tâché de l’éloigner de son pupille, il avait une revanche à prendre et il l’a prise. Mais ce n’est pas tout de découdre, il faut recoudre, et c’est l’événement qui nous apprendra si cet habile metteur en scène a l’étoffe d’un homme d’État. « En somme, lisait-on dans une feuille russe, puisque nul ne proteste en Serbie, puisque le peuple et l’armée sont contens, il ne reste plus au ministre Dokitch qu’à prouver qu’il est digne de la confiance de son souverain, et nous ne doutons pas qu’il ne sache désarmer par sa modération les partisans des ex-régens et du ministère renversé. » C’est bien là ce qu’il faut souhaiter. Comme l’a dit le sage et vénérable politique qui habite la plus belle prison du monde, le seul moyen de légitimer des actions illégitimes est de rendre de grands services à son pays.

Le mariage du prince Ferdinand avec la princesse Marie-Louise de Parme, célébré le 20 avril à la villa Pianore et béni par l’archevêque de Lucques, a fait dans les villes et les faubourgs moins de bruit que le coup d’État du roi Alexandre. Cette cérémonie avait le caractère d’une fête de famille, mais on n’était pas au complet et certaines absences ont été remarquées. Les journaux nous ont appris que le prince a donné à sa jeune femme une couronne ornée de brillans, de rubis, d’émeraudes et d’un gros saphir. On nous a appris encore que cet heureux événement avait causé une grande joie aux Bulgares, que les rues de Sofia avaient été pavoisées. On ne peut nier que le prince de Bulgarie n’ait réussi, depuis quelque temps, à consolider sa fortune chancelante. On avait dit que ses sujets lui donneraient tant de dégoûts qu’il lâcherait pied ; il a tenu ferme. On prétendait aussi que ce prince, qui n’a pas été reconnu par l’Europe, ne trouverait pas à se marier ; cette seconde prophétie était aussi fausse que la première. Les Cobourg ne se découragent point ; ils ont l’ambition tenace, rien ne les rebute, et leur persévérance est souvent récompensée.

L’omnipotent ministre du prince, M. Stamboulof, assistait au mariage. Il avait eu auparavant l’honneur d’être reçu par l’empereur François-Joseph, et cette audience, facilement accordée, avait tout d’abord échauffé la bile des diplomates russes. Mais, depuis, l’empereur a rendu visite à M. de Giers, de passage à Vienne, et leur entretien, paraît-il, a été fort pacifique et même cordial. Si les hommes d’État viennois ont quelque bienveillance pour les gouvernans bulgares, ils n’auraient garde d’adopter à l’égard de la Russie une politique de provocation. Ils cherchent à gagner du temps, ils se flattent que le tsar finira par se résigner, par accepter le fait accompli. Il n’est