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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/228

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mauvaise grâce à citer ce que j’écrivais ici même de la Déclaration, il y a quatre ans. N’ai-je pas rendu justice à ce bel effort vers l’idéal ? Il me paraissait insuffisant à faire vivre une société qui n’aurait pas d’autre viatique, voilà tout. Ne disais-je pas que le virus révolutionnaire s’épuise, que son opération s’achève, et qu’il reste de cette opération une substance nouvelle, un produit naturel, la démocratie, qu’il faut apprendre à traiter pour le mieux ? Cela seul importe. Gardons la charte où les ancêtres mirent leur rêve, comme on laisse dormir à Westminster les vieilles chartes anglaises, avec leurs principes tutélaires passés dans la pratique, avec leurs parties mortes, leurs articles oubliés et inapplicables à une société de nos jours. Ne bataillons plus autour des mots du passé ; on a abusé des plus beaux, on a massacré des hommes avec un texte de la Déclaration, on en a brûlé d’autres avec un texte de l’Évangile. Travaillons aux besognes présentes, et tâchons de ne pas infliger des contradictions trop cruelles à la liberté, à l’égalité, à la fraternité. Tout le reste, c’est du mysticisme révolutionnaire.

Le conférencier plaide ensuite pour la science, maîtresse unique de la vie, et il s’emporte contre les mystiques à qui cette lumière ne suffirait pas. Notre amour pour elle n’est pas moins fervent ; mais l’évidence nous contraint à un triste aveu : si le développement de la science est indéfini, le secours qu’elle dispense pour la conduite de la vie est limité. On chérit une personne par-dessus tout ; il ne s’ensuit pas qu’on la mêle aux besognes où elle n’a rien à faire, qu’on lui demande ce qu’elle ne peut pas donner. Beaucoup de savans, et des plus grands, hésitent encore à se servir de ce mot ambitieux : la Science. Ils ne veulent connaître que des sciences particulières, avec des objets différens. J’admire leur prudence ; elle me paraît exagérée. Au point où nous avons poussé les sciences de la nature et de l’histoire, il existe entre leurs méthodes, comme entre leurs résultats, des concordances frappantes, une convergence indéniable ; nous avons le droit de voir dans leurs révélations les manifestations diverses des mêmes lois universelles. Mais par cela même que nous apercevons mieux l’unité et l’orientation générale de la science, son inefficacité pour quelques-uns de nos besoins apparaît plus clairement. A la fin du dernier siècle, une conception optimiste de l’univers et de l’homme était sortie d’un savoir métaphysique, fort peu expérimental ; à ce moment, on pouvait croire de bonne foi que les indications de la science seraient des règles suffisantes pour les actions humaines. Depuis lors, cent ans ont passé : durant cette période, les travaux des savans sur la nature et sur l’histoire ont dégagé un ensemble de notions, peut-être provisoires, peut-être définitives, mais qui ne laissent plus guère de place à l’optimisme du XVIIIe siècle. Les résultats de l’enquête,