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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/222

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représentation de Thermidor et prenant ouvertement parti pour les Girondins contre les Montagnards ; ce ne serait peut-être pas l’excommunication majeure, ce serait déjà l’index et ses dangers. J’ai rencontré dans une ville du Midi un jeune pasteur protestant, nommé par un consistoire de la stricte orthodoxie ; il avait de grandes connaissances théologiques et trois enfans. Le malheur voulut qu’il fût très fortement frappé par une objection de Reuss contre je ne sais quel évangile. Il devint hardi, le consistoire s’émut ; tempête sous ce pauvre crâne, lutte tragique entre Reuss et les trois enfans ; l’honnête homme résigna son ministère. Il place aujourd’hui des vins, et le pays est phylloxéré. Voilà ce qui menace le libre examen d’un savant, quand la ville de Paris l’a commis à la garde des saines doctrines sur la Révolution. Les investigations érudites ne doivent pas être commodes, sous ce couperet, quelque habitude que l’on ait de la guillotine.

J’étais venu chercher la bonne parole laïque : j’entendais une prédication sacerdotale. On me fit l’éloge des grands principes de 1789 ; j’étais tout prêt à le goûter ; mais ces principes me parurent moins savoureux, quand on me les imposa comme un credo, comme « la base des libres recherches, » avec défense à tout hérétique d’y toucher. Moi qui adhérais si volontiers à leurs conséquences, je regimbai devant la nouvelle révélation, substituée à l’ancienne. Je ne veux pas tomber de Moïse en Sieyès. Faut-il donc se heurter partout à une révélation ? A une réaction aussi ; et c’est le plus épouvantable. J’ai la prétention d’être de mon temps, monsieur, et même un peu en avant, comme il sied, Dernièrement, dans une maison réactionnaire, un vieil abbé m’endoctrina sur l’ancien régime et sur la monarchie du droit divin ; vous pensez comme il fut reçu. Aujourd’hui, je vais à la ligue démocratique de la jeunesse : on m’y propose de revenir aux Cordeliers. Celui-là voulait me ramener de cent vingt ans en arrière ; celui-ci de cent ans. C’est la seule différence entre eux. Suis-je donc destiné à ne rencontrer que des rétrogrades ? Mon siècle a marché, morbleu ! Je marche avec lui. Foin des réactionnaires de tout poil !

J’ai applaudi ensuite d’excellentes paroles, mais bien terrifiantes : on nous a montré combien nous devions nous méfier des bourgeois, des mystiques, des Chinois. Je suppose du moins que l’on visait ce peuple, quand on nous a conseillé de constituer les États-Unis d’Europe contre un grand péril commun, contre la menace suspendue sur tout l’Occident civilisé. L’invasion des Célestes ! le danger jaune ! Il a souvent hanté mes veilles, mais je ne le savais pas si proche : vous m’en voyez tout saisi. Quant aux mystiques, aux néochrétiens, à toute cette engeance, ah ! je vous réponds qu’il n’en reste pas grand’chose, on leur a dit leur fait. Je croyais que ces