Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/220

Cette page n’a pas encore été corrigée


La Ligue démocratique des Écoles a tenu ses premières assises. J’ai rencontré un jeune ligueur qui en sortait. C’est un étudiant en pharmacie, simple et appliqué. Je tairai son nom. Il est arrière-petit-fils de Candide et de Cunégonde ; il dissimule son extraction, il a le tort de rougir des malheurs de son aïeule ; mais on le reconnaît vite à sa ressemblance morale avec l’honnête Westphalien. Son optimisme, qui n’a d’égal que sa bonne foi, butte à chaque pas sur la cruelle expérience ; il se relève tout souffreteux, se déconcerte aux contradictions de l’univers, s’épouvante du peu de rapport qu’il y a entre le fond des choses et leurs promesses apparentes. Quand mon jeune ami vient d’entendre un docteur Pangloss, il sue sang et eau pour concilier les enseignemens du maître avec la réalité ; et, comme à son cousin, l’homme aux quarante écus, les nouveaux systèmes lui occasionnent toujours de nouvelles douleurs. L’autre soir, je vis qu’il avait l’âme en peine et l’esprit troublé. Il me conta sa mésaventure.


I

Vous savez qui je suis, monsieur : un ferme libre penseur, grâce à Dieu. Je hais sur toute chose les impostures des prêtres ; j’abomine deux sortes de gens, les théologiens et les réactionnaires. Quand j’ai vu le programme de la Ligue, mon cœur a bondi de joie ; enfin, me disais-je, nous allons être laïcisés, et cette fois pour de bon. Je me lais inscrire, on inaugure, je cours, je vole : toute la jeunesse était là, avec quelques hommes politiques considérables.