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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/218

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lorsque le soleil reparaît, ils errent dans le parc dont les allées sont familières à la princesse, heureuse de guider celui qu’elle aime parmi les bosquets. Las à la fin, ils s’établissent sur une terrasse d’où ils contemplent le beau lac que sillonnent de légères pirogues, sur lequel des oiseaux aquatiques au riche plumage naviguent par bandes, plongent à l’improviste ou, en volant, trempent leurs ailes roses ou azurées dans l’eau vermeille. Le ciel, d’une incomparable pureté, surprend Villadiégo qui pourtant connaît celui de la vallée de Mexico, et se croit dans un pays enchanté. Mais son soin le plus constant est de regarder Atzimba, de voir refléter son image dans les yeux noyés, enivrés, attendris de la jeune princesse.

Qu’elle est belle, l’ardente amoureuse avec ses traits si fins, sa bouche souriante insatiable de baisers, ses dents éblouissantes, sa peau dorée, sa taille svelte, ses pieds et ses mains dignes de sa race, ses cheveux luisans dont elle s’enveloppe comme d’un manteau lorsqu’elle en dénoue les tresses pour obéir à son amant ravi ! Quelle ineffable douceur prend sur ses lèvres l’idiome dans lequel elle improvise de doux mots d’amour ! Comme elle a passé rapide pour les deux amans, cette belle journée, presque tout entière employée à se répéter qu’ils s’aiment ! Atzimba ne songe plus à la cour, Villadiégo ne se souvient ni de Mexico, ni de l’Espagne. Tous deux vivent dans un rêve, dans un délicieux rêve qui doit durer toujours, car Tzimtzicha l’a promis à sa sœur, ils vivront loin de la cour, mais il ne les séparera jamais, puisque le soleil, qui dispose de la foudre, est resté impassible et a prouvé, par sa mansuétude, sa volonté que les deux amans soient heureux.

La nuit est venue, transparente. Atzimba et Villadiégo ont soupé et songent à se reposer, quand le chef de leur escorte vient les inviter à prendre place dans un vaste palanquin. Ils doivent être conduits dans les fertiles campagnes de Curincuaro, lieu d’enchantement où la brise est tiède, où les plantes et les arbres sont toujours en fleurs, où les champs et les bois sont sillonnés de ruisseaux aux ondes cristallines, où les étoiles du ciel sont si brillantes qu’elles laissent à peine regretter les splendeurs du jour. Atzimba est pressée d’atteindre ce lieu d’exil plein d’oiseaux chanteurs, lieu choisi par la bonté de son frère qui n’a demandé aux deux amans qu’une seule chose qu’ils désirent eux-mêmes : de cacher leur bonheur et de se laisser oublier.

On atteint un palais ruiné, les amans y passent la journée, et leur escorte, vigilante, veille plus strictement que jamais à ce que nul n’approche, bien que la contrée soit déserte et qu’un voyageur égaré puisse seul se présenter. Un bruit sourd résonne sans cesse, c’est la rumeur lointaine, majestueuse, de la cataracte de