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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/215

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passé… Ils se racontent la mort d’Atzimba, sa résurrection. Le prodige est patent et n’aura d’explication naturelle que trois cent cinquante ans plus tard par un mot aujourd’hui connu de tous : la catalepsie.

Le commandant de la ville expédie courrier sur courrier à Tzintzuntzan, pour aviser le roi du miracle survenu et lui en raconter les détails. Atzimba veut parler à tous ces envoyés avant leur départ, leur dire de se hâter, les charger de répéter au roi d’accourir, qu’elle a d’importantes révélations à lui faire, révélations qui l’intéressent et intéressent son royaume. En dépit de ces avis, le roi tarde et les jours s’écoulent.

Le roi tarde ; or, chaque soir, aussitôt la nuit venue, Atzimba, chargée de vivres, va secrètement rejoindre Villadiégo. A ces heures favorables, toujours attendues avec impatience, les deux amans errent sous les bosquets les plus ombreux, se reposent sous les arbrisseaux fleuris, vivent la main dans la main, les yeux sur les yeux, les lèvres sur les lèvres. Comme elles s’écoulent rapides, ces nuits enivrantes, que les deux amans voudraient sans fin ! Atzimba n’appelle plus son frère, ne s’inquiète plus de sa lenteur. Le jour, elle déplore la longueur des heures, et, la nuit, elle voudrait arrêter le temps. De son côté, Villadiégo, tout à sa belle et jeune maîtresse à laquelle, en bon Espagnol, il a appris le nom du vrai Dieu, qu’il a ondoyée et qui s’est laissé faire pour être plus à lui, Villadiégo ne songe plus à sa mission, à la gloire, ni même à son pays : « Un seul être pour lui peuple maintenant le monde, » et cet être qui le possède, qu’il aime, est une fille et une sœur de roi ! Il n’a plus qu’un désir : vivre pour Atzimba, dont ni la beauté ni le charme n’ont d’égal, qui n’aime, qui n’a jamais aimé que lui. Tzimtzicha arrive enfin, des soldats se sont montrés, et les roulemens désordonnés, à la fois lugubres et martiaux du téponastlé, ce long tambour des Aztèques et des Tarasques, annoncent son approche. Le grand-prêtre de la déesse Guérappéri, revêtu de ses insignes, est parti à la rencontre du souverain, l’aborde, lui parle en secret. Le roi, nonchalamment étendu dans son palanquin, l’écoute ; puis, peu à peu, se soulève. Ses sourcils se froncent, son front se plisse, ses regards deviennent sombres, menaçans. Il ordonne de reprendre la marche et, suivi de toute sa cour, pénètre dans le palais où bientôt il fait appeler Atzimba, qui, radieuse, paraît devant lui. Le roi a changé l’expression de son visage, il sourit à la jeune princesse, se déclare, avec bienveillance, prêt à l’entendre.

— Roi et seigneur, dit Atzimba, lorsque la mort m’a saisie, lorsque mon âme a quitté mon corps, elle est allée là-haut, entre