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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/209

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l’apparition des redoutables étrangers sur la vieille terre d’Anahuac plongèrent Atzimba dans une mélancolie si profonde, que l’on eut des craintes pour sa vie. Tzimtzicha, alarmé, convoqua les plus habiles médecins de son royaume, et leur opinion commune fut que la princesse, victime de conjurations ennemies, était ensorcelée. Il convenait donc, pour la délivrer des maléfices qui la tourmentaient, de l’envoyer aux thermes de Zinépécuaro, thermes consacrés à la déesse Cuérappéri, et dont les eaux auraient seules le pouvoir de dissiper la tristesse à laquelle elle était en proie, en purifiant son âme. En outre, et pour assurer sa guérison, il importait de la vouer au culte des dieux, de faire d’elle une des épouses immatérielles du soleil.

Ces conseils furent suivis. Atzimba, accompagnée de toute la cour, partit pour les plaines fleuries de Quérendaro, et fut ensuite emmenée dans les pittoresques régions de Voraméo et de Taïménos. Près de cette dernière ville existait, et même existe encore, une grotte ayant deux entrées d’où s’échappent deux ruisseaux pareils. Seulement l’eau de l’un est glacée, tandis que celle de l’autre est bouillante. A une courte distance du lieu de leur apparition, ces ruisseaux s’unissent, et, la frigidité de l’un affaiblissant la chaleur de l’autre, il en résulte une température salutaire en même temps qu’agréable.

La princesse résida pendant quelques semaines dans ce beau lieu entouré de jardins magnifiques, et se sentit soulagée. Elle fut alors conduite à Zinépécuaro, et, après les cérémonies voulues, revêtue du voile de la Huchaarnandé, c’est-à-dire de l’insigne de la supérieure ou mère des épouses du soleil. Désormais, c’était dans cette pittoresque, mais solitaire région, au fond d’un parc entouré de murs, que devait s’écouler loin du monde, loin de la cour dont elle avait été l’âme et le charme, la vie de la jeune et belle princesse.

Dans ce lieu d’exil on la vit bientôt errer sans cesse, seule et pensive, à travers les jardins et dans le bois qui s’étendaient entre la demeure luxueuse des épouses du soleil et le palais alors délaissé et inhabité des anciens rois du Michuacan. Ignorant ce qui se passait en dehors de cette enceinte sacrée, mais avide de le savoir, la princesse fut reprise par sa mélancolie. Elle tombait souvent dans de profonds abattemens, le corps en proie à des contractions musculaires, crises à la suite desquelles elle demeurait durant de longues heures immobile, inerte. Elle était plus que jamais la victime d’un mal étrange qui attristait et préoccupait ceux dont elle vivait entourée, d’un mal connu de l’antiquité, connu de nos pères, que la science moderne a tout récemment expliqué, nommé.