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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/183

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précautions prises pour protéger sa sortie. « Comment, dit-il dédaigneusement, n’êtes-vous pas en état de contenir deux ou trois cents coquins qu’il y a dans la ville ? Si la garde nationale n’est pas suffisante, il faut appeler des troupes réglées et, s’il ne doit pas y avoir de sûreté pour moi, autant vaut-il me laisser ici ! » Cette « fierté, » sur laquelle le procès-verbal insiste à plusieurs reprises, paraît avoir scandalisé un peu les membres du corps municipal. Elle nous charme, au contraire, comme la marque d’une âme forte, toujours semblable à elle-même dans les circonstances les plus diverses ; et il nous semble que la raideur de cet accueil ajoute un trait intéressant d’inflexibilité à cette curieuse et hautaine physionomie de soldat-gentilhomme. Après cet échange de propos, on sortit du palais. Les officiers de marine, leur chef en tête, marchaient au milieu du conseil, « précédés, entourés et suivis du détachement de la garde nationale. » On se rendit, en cet appareil, au domicile du commandant occupé militairement par un fort piquet de troupes, que M. de La Roque-Dourdan, très inquiet, avait mis sous les armes, avec la permission de M. Roubaud, et consigné dans l’intérieur de l’hôtel. Quand le cortège fut arrivé à la porte, les officiers et les représentans de la commune se séparèrent. M. de Rions remercia courtoisement le maire « des peines et soins qu’il avait pris à son occasion [1]. » Tandis qu’il rentrait dans cette maison, où l’on avait failli l’égorger, avec le même calme et la même assurance que si les événemens accomplis depuis quinze jours, — son arrestation au milieu des injure ? , des menaces et des coups, son emprisonnement dans un cachot, son inique détention, — eussent glissé sans laisser de traces sur la rigidité de son âme de fer, des attroupemens se formaient autour de l’hôtel, et la colère du peuple, mécontent de voir sa proie lui échapper, commençait à gronder. Une nouvelle émeute se préparait sans doute : celle du 1er décembre n’avait pas été sensiblement plus menaçante au début. Mais cette fois la municipalité, au lieu de rester dans une honteuse inaction, prit, dès les premiers symptômes du péril, le parti d’intervenir avec d’assez d’énergie pour le conjurer immédiatement. Une proclamation faite à son de trompe prohiba les rassemblemens ; le concours du commandant de la garnison fut même invoqué ; des patrouilles combinées de garde nationale et de troupes réglées rétablirent bientôt l’ordre dans la ville. La prompte efficacité de ces mesures prouve qu’elles

  1. Cette citation, comme celles qui précèdent sans indication de provenance, est extraite du procès-verbal d’élargissement adressé, par la commune de Toulon, à l’assemblée nationale et publié parmi les pièces qui font suite au Mémoire de la ville de Toulon, p. 68.