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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/181

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ne s’arrête pas à la superficie des faits, mais cherche à discerner leur sens intime et à déterminer leurs lointaines conséquences, la constitution démagogique de 1793 est contenue en germe dans cette délibération du conseil municipal de Toulon.

M. de Rions et ses compagnons restèrent donc prisonniers, en dépit de l’ordre formel de relaxation adressé par le roi à la municipalité. Dans les journées qui suivent, l’attitude de celle-ci ne se modifie pas. Le 14, elle délibère d’exprimer, par voie d’affiche, sa reconnaissance aux troupes de la marine « pour le refus généreux et citoyen qu’elles firent d’obéir à des ordres dont l’exécution eût fait verser le sang des Français [1]. » Aux félicitations publiquement décernées à un acte d’indiscipline, elle ajoute l’invitation « aux troupes de terre et de mer de persévérer dans les sentimens patriotiques qu’elles ont manifestés. » Mais, sur ces entrefaites, M. d’André transmit, de Marseille, une nouvelle lettre de M. de Saint-Priest, datée du 9 décembre, qui portait un coup mortel à l’espoir que la municipalité avait probablement conçu de voir sa conduite approuvée par rassemblée nationale. Celle-ci, en effet, instruite des événemens du 1er décembre, avait aussitôt invité son président, M. Fréteau, « à se retirer par devers le roi, pour demander à sa majesté qu’elle veuille bien donner les ordres nécessaires pour que les officiers détenus soient mis en liberté sous la sauvegarde de la loi. » Le texte de ce décret, rendu dans la séance du 7 décembre, accompagnait la lettre du ministre. Une éclatante sanction était donc accordée à la mesure par laquelle le pouvoir exécutif avait cru devoir prévenir, vu l’urgence, les intentions de l’assemblée. La municipalité de Toulon n’avait plus qu’à se soumettre et à tâcher, s’il se pouvait, de racheter, par la promptitude et la bonne grâce de cette soumission, l’inqualifiable conduite qu’elle avait tenue dans cette affaire. Le détail de l’élargissement des officiers nous a été conservé dans le procès-verbal même de leur relaxation. «… Le conseil, ayant à sa tête M. Roubaud, maire-consul, en chaperon, précédé des trompettes de la communauté et des sergens de ville, s’est rendu dans tous les lieux où les compagnies de la garde nationale étaient séparément assemblées, chacune sous les ordres de son capitaine… Le décret de l’assemblée nationale et l’ordre du roi ont été lus et publiés à son de trompe à la tête de chaque compagnie, et à tous les habitans… avec commandement de n’apporter aucun obstacle ni empêchement… » Deux membres du conseil et deux officiers de la garde nationale furent charges d’annoncer aux détenus qu’ils étaient

  1. Mémoire de la ville de Toulon. — Extrait du registre des délibérations des représentans de la commune, p. 64.