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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/95

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un historien aventureux, qui, ne pouvant trouver les vraies causes d’un événement, en invente d’imaginaires et explique un fait par un roman, l’esprit instinctivement se bâtit à peu près de tout une sorte de système vivant pour encadrer l’impression qui lui arrive. C’est généralement de l’histoire dans la vie réelle, du roman dans le rêve et l’hallucination.

Dans la perception télépathique, l’impression qui arrive du dehors est faible et vague en général ; comme toutes les impressions faibles et vagues, elle risque d’être méconnue, sinon par tout notre esprit, au moins par noire intelligence consciente. Cette impression qui arrive jusque nous à travers tant d’obstacles est vaguement reconnue, mais elle ne s’impose pas à tout notre moi, si je le puis dire, elle éveille çà et là quelques images, quelques idées, surtout des sentimens et des émotions. Elle paraît rester plutôt dans les couches inconscientes de l’esprit et n’éveiller que secondairement ces phénomènes vifs et précis qui ressemblent à ceux de la perception normale. Il semble que, dans bien des cas, le sujet ait une sorte de connaissance inconsciente d’un fait qui vient de se passer, mais que cette connaissance reste trop faible pour inspirer la vision des détails réels du fait et ne peut, comme dans le rêve, que suggérer des images qui sont en rapport visible avec la réalité sans la reproduire complètement. Par exemple, le révérend Andrews Lukes entend la voix d’un ancien camarade d’école mort depuis un ou deux ans au moins, qui lui dit : — « Votre frère Mark et Harriet sont partis tous les deux [1]. » — Ces mots n’ont pas été réellement prononcés, mais ils se sont présentés à l’esprit comme traduisant et expliquant une impression inconsciente produite par la mort réelle de son frère et de sa belle-sœur, comme le rêve de M. Maury expliquait et traduisait l’impression mal reconnue produite par la chute de la flèche de son lit. Mlle Hormes voit auprès de son lit la forme d’une jeune Italienne, Rosa, qui avait été à son service, et, dit-elle, « de quelque façon, — je ne puis pas affirmer que ce fût au moyen de la parole, — je reçus l’impression des mots suivans venant d’elle : Adesso son felice, son contenta (maintenant, je suis heureuse et contente). Puis la forme s’évanouit [2]. » Rosa était morte en effet. Remarquons cette impression de mots qui ne semblent pas prononcés. Elle indique la faiblesse de l’hallucination. Nous les retrouvons dans un autre cas où les paroles imaginées furent peut-être, il y a des raisons de le croire, prononcées ou pensées. Ici le roman coïnciderait avec l’histoire. Le [3]

  1. Les Hallucinations télépathiques, p. 126.
  2. Id., p. 148.
  3. Id., p. 206.