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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/949

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 décembre.

C’est la fatalité des situations depuis longtemps altérées et faussées. On n’en sort pas avec des expédions, des remaniemens ministériels, des fantaisies d’omnipotence ou de vaines transactions aux dépens des intérêts les plus précieux ; on s’y enfonce au contraire de plus en plus parce que le désordre a sa logique, comme l’ordre a aussi sa logique. Le mal aujourd’hui, — et cette misérable aventure de Panama n’a fait que le dévoiler une fois de plus sous des formes plus criantes, — le mal du temps est qu’on va au hasard sans direction, sans avoir une idée juste et précise du droit, de la loi, des plus simples conditions d’un régime régulier. On suit le courant de la passion du moment ; on se laisse surprendre par des accidens qui sont toujours pénibles sans doute, mais qui, après tout, ne sont pas une nouveauté dans l’histoire des parlemens. On cède à toutes les impressions ou à toutes les pressions, on joue avec toutes les garanties ; on change chemin faisant les hommes sans changer de système, — et le lendemain on n’est pas plus avancé que la veille, on n’a fait tout simplement qu’une étape de plus dans le désordre !

Quand cette triste affaire de Panama, qui obsède depuis quelque temps tous les esprits, et qui ne semble pas près de finir, a fait, pour ainsi dire, explosion dans la vie publique de la France, cette révélation soudaine et bruyante de l’avilissement des mœurs, de la faiblesse des consciences contemporaines, du rôle de l’argent dans la politique, était certainement cruelle. Elle était de nature à éveiller la vigilance des pouvoirs publics. 11 n’y avait pas cependant de quoi perdre la tête et se jeter dans toutes les extrémités. La justice régulière était saisie, elle poursuivait ses recherches, et c’était à M. le garde des sceaux de hâter l’instruction, de lever tous les doutes ou de trancher les difficultés s’il y en avait. Le parlement, de