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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/93

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narrateur du fait affirme que lui-même, son fils et d’autres personnes sont sûrs « que la vision de Mme B… et le récit de l’agent étaient identiques, en ce qui concerne et la date et la cause de l’accident [1]. » M. R. Fryer, dont j’ai déjà cité le cas, entend la voix de son frère au moment où il fait une chute en descendant de wagon, et l’impression est tellement nette qu’il cherche son frère dans la maison, le croyant revenu [2]. Ici, visiblement, l’hallucination et la perception se confondent, non pas quant à la façon dont l’impression arrive jusqu’à l’esprit, mais bien quant à la dernière partie du mécanisme et quant au résultat produit.

Quelquefois la perception télépathique d’un événement, surtout quand elle est assez complexe, ne se forme pas très nettement ; elle reste confuse, incohérente, mélangée de parties hétérogènes. Il semble qu’on en reconnaît les élémens qui cherchent, sans y parvenir, à se réunir et à former un tout. L’esprit est resté impuissant et n’a pu accomplir sa fonction de coordination et d’arrangement. Tel est le rêve [3] raconté par Mme Storic, d’Edimbourg, rêve qui s’est produit à l’occasion de la mort de son frère jumeau, écrasé par un train de chemin de fer : — « C’était devant mes yeux, dit-elle, comme un défilé d’images (it seemed like in dissolving views). — Dans un clignotement de lumière, je vis un chemin de fer et la vapeur qui s’échappait de la machine (puff of the engine). Je pensai : — « Qu’est-ce qui se passe par là ? Un nuage ? » — Je me demande si quelqu’un de nous voyage et si c’est de cela que je rêve. Quelqu’un, que je ne voyais pas, répondit : — « Non, quelque chose de tout à fait différent, quelque malheur. — Je n’aime pas regarder ces choses-là, dis-je. Alors, je vis derrière et au-dessus de ma tête la partie supérieure du corps de William penché sur moi, les yeux et la bouche à demi fermés ; la poitrine se soulevait convulsivement, et il levait le bras droit. Puis il se pencha en avant en disant : — « Je pense que je devrais sortir de là. » — Puis je le vis étendu sur le sol, les yeux fermés et tout à fait aplati. La cheminée d’une machine était près de sa tête. Je m’écriai pleine d’agitation : — « Elle va le frapper ! » — Le quelqu’un répondit : — « Eh bien ! oui, voilà ce qui s’est passé, » — et immédiatement je vis William assis en plein air, au pâle clair de lune, sur un endroit un peu élevé, au bord du chemin. Il levait le bras droit, frissonnait et disait : — « Je ne peux plus ni avancer ni reculer ; non. » — Puis il sembla qu’il s’était couché à plat. Je m’écriai : — « Oh ! oh ! » — Et d’autres semblaient

  1. Les Hallucinations télépathiques, p. 151.
  2. Id., p. 294.
  3. Annales des sciences psychiques, 1891, p. 220-221.