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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/90

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mais il faut se méfier des applications qu’on en veut faire. On se sert ici de résultats obtenus sur des moyennes et qui peuvent rester à peu près sans valeur dans tel ou tel cas particulier auquel on applique le calcul. Pour rechercher la probabilité d’une coïncidence fortuite entre une apparition et la mort d’un individu, on prend comme un des élémens du calcul les chances de mort pour un homme de quarante-huit ans. C’est bien l’âge de la personne mentionnée et qui mourut en effet, mais cette personne était malade depuis quelques jours, et ceci pouvait augmenter les chances de mort. D’autre part, le sujet de l’hallucination savait que son ami était malade, sans le croire, à la vérité, sérieusement atteint. Mais on peut craindre une mort sans y croire, et il se peut que la maladie qui rendait la mort plus vraisemblable rendit aussi l’hallucination plus facile. Où les conditions des phénomènes sont si variées et si complexes et peuvent d’ailleurs être étudiées dans le tout qu’elles forment, l’application du calcul des probabilités ne peut donner que des résultats discutables et vagues, à moins de ne considérer que de grandes masses de faits sans descendre à des applications particulières. Tout au plus permettra-t-il de mettre en lumière, un peu mieux que la simple vue des faits, l’invraisemblance du hasard. Réellement, quand on a un si grand nombre de faits où la coïncidence est si frappante, ce serait se moquer de la supposer fortuite partout et toujours. Resterait à dire que le hasard a donné quelques coïncidences réelles et que l’illusion avec la fraude ont augmenté le nombre des cas curieux. Cela a pu arriver, cela est arrivé peut-être ; mais si l’on considère la quantité et la qualité des preuves de la transmission mentale, il paraît bien difficile d’expliquer tout par cette supposition.

Ici encore, d’ailleurs, l’objection peut se retourner. On a pris parfois des coïncidences pour des preuves d’une influence réelle, on a pu aussi faire tout le contraire. Nous rencontrons une personne à qui nous venons de penser et que nous avions tout lieu de croire à plusieurs lieues. Voilà les effets du hasard, dira-t-on, et l’on citera ce fait pour combattre la croyance à la transmission de la pensée. Mais les partisans de la lucidité pourront aussi bien donner le fait comme une preuve à l’appui de leurs théories. Si le hasard prend des formes bien variables, rien ne dit qu’il soit toujours facile de reconnaître ou même de soupçonner la télépathie et la lucidité quand elles s’exercent réellement.

Je ne saurais trop engager ceux de mes lecteurs qui ne voudraient pas se contenter d’une impression d’ensemble, toujours insuffisante par quelque endroit, à lire attentivement les cas rassemblés par la science, à observer, à expérimenter au besoin.