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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/89

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Quelques cas, dont la réalité est suffisamment prouvée, rendent vraisemblables un grand nombre de faits qui, sans eux, seraient restés très douteux. Un cas qui monte dans l’échelle de la probabilité entraîne avec lui ceux qui lui ressemblent.

Avec l’objection tirée de la possibilité de l’erreur, la plus spécieuse est celle de la coïncidence fortuite. Le hasard est bien grand, nous remarquons chaque jour des rencontres bizarres d’événemens que nul lien logique ne rattache. Ne faudrait-il pas considérer comme telle la coïncidence d’une vision et de la mort d’une personne, de l’idée d’une carte ou d’un dessin chez une personne et de la présence de cette carte ou de ce dessin dans une enveloppe ou sous un écran ? Évidemment une coïncidence purement fortuite, si improbable qu’elle soit, n’est jamais absolument impossible. M. Richet a même dû admettre, à la suite de certaines expériences, que l’influence du hasard devait être prise en sérieuse considération. Mais il n’est pas prudent de lui faire la part trop grande. Il n’est pas tout à fait impossible que, dans une série de parties d’écarté, le même joueur fasse retourner le roi quarante fois de suite. Cependant, si cela arrivait, ce joueur trop heureux serait certainement tenu pour un fripon, et il est à croire que ce serait avec juste raison. Pour certaines expériences précises, le calcul des probabilités permet de calculer les chances et d’arriver, sinon à des certitudes absolues, du moins, à des vraisemblances qui équivalent pratiquement à la certitude. Par exemple, il n’est pas croyable que le hasard seul ait donné la série des succès obtenus par la personne dont Mme Sidgwick a rapporté les expériences. Même les faits qui semblent donner au hasard une part considérable peuvent mettre en relief une cause différente. M. Richet, dans des séries d’expériences où le hasard seul était en jeu, a obtenu plus de succès de coïncidences qu’il n’en attendait, mais sensiblement moins que dans les séries où la lucidité pouvait intervenir.

Pour les hallucinations télépathiques, le calcul rigoureux des probabilités paraît bien difficile. On l’a essayé cependant. Je ne puis entrer ici dans les détails du raisonnement, mais les résultats, si d’ailleurs on pouvait les accepter comme probans, seraient merveilleux. L’hypothèse d’une action télépathique réelle serait ainsi quatre millions cent quatorze mille fois plus probable que celle de la coïncidence fortuite.

Si l’on veut simplement indiquer par ce chiffre que l’action du hasard seul est tout à fait invraisemblable, il peut avoir son intérêt ; sinon il ne me semble pas avoir une grande importance. Les mathématiques sont une science très belle et relativement très sûre,