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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/83

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écrivit dans son journal : « Reverend J. Drake et Jessie, 5 juin 1860. — J’ai appris ces détails, dit-elle encore, par une lettre que je reçus sur le moment, et lors de mon retour à la maison, sept ans plus tard, j’ai entendu raconter tout cela par mon père lui-même. Il est mort, mais j’ai raconté les choses comme il me les a dites. La petite note, écrite de sa propre main, et qu’il me donna comme curiosité, est en ce moment même sous mes yeux [1]. »

Voici encore un cas intéressant, qui n’a que le défaut d’être un peu ancien. M. Gustave Dubois, ami de M. Edmond Escourrou, lieutenant au 2e régiment de zouaves, voyait souvent pendant la guerre du Mexique, à laquelle prenait part M. Escourrou, la famille de ce dernier. « Un jour, dit-il, je trouvai la mère en larmes : Ah ! mon cher enfant, me dit-elle dès qu’elle me vit, j’ai de cruels pressentimens, je dois perdre mon fils. Ce matin, en entrant dans la chambre où se trouve son portrait… pour le saluer comme chaque jour, j’ai vu, bien vu, un de ses yeux crevé et le sang coulant sur son visage. Ils ont tué mon fils. » Peu de temps après, on apprit en effet la mort du capitaine Escourrou, tué à vingt-sept ans au siège de Puebla. Quelques semaines plus tard, le sergent-major de la compagnie du mort, de retour en France, raconta les détails de l’affaire. Monté le premier à l’assaut du pénitencier, il entraînait ses hommes quand une balle, frappant la poignée de son sabre, lui brisa le poignet droit ; saisissant son arme de la main gauche, il s’avançait, entraînant les siens, quand il reçut une balle qui, pénétrant dans l’œil, le tua sans qu’il pût pousser un cri.

« Voilà dans toute sa simplicité la relation d’un fait dont j’ai été le témoin. Si certaines circonstances accessoires m’échappent, je puis vous certifier qu’avant la nouvelle de la mort de son fils, Mme Escourrou avait vu l’image chérie avec l’œil crevé et sanglant. »

M. Dariex, directeur des Annales des sciences psychiques, vit à deux reprises Mme Escourrou. Elle dit spontanément à la première visite qu’elle se souvenait parfaitement d’avoir, un dimanche, jour des Rameaux, ressenti une si vive émotion à la vue du portrait de son fils qu’à partir de ce moment, elle n’avait pu se défaire de l’idée que son fils avait été tué. M. Albert Escourrou, commissaire spécial chargé du contrôle au ministère de l’intérieur, direction de la sûreté générale, chevalier de la Légion d’honneur et frère du capitaine Escourrou, a dit aussi à M. Dariex se souvenir avec une netteté parfaite que, le 29 mars 1863, jour des Rameaux, sa mère

  1. Les Hallucinations télépathiques, p. 70-72.