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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/721

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des jésuites réclamée par les catholiques. Et si avec tout cela il n’y a pas une majorité, on va à grands pas vers une dissolution qui pourrait devenir une épreuve sérieuse pour l’Allemagne, pour le chancelier, pour l’empereur lui-même. Et c’est alors M. de Bismarck qui ne serait pas mécontent !

Comme l’empereur Guillaume, le roi Humbert vient d’ouvrir son parlement à Rome, — le nouveau parlement sorti des dernières élections, — et, comme son allié d’Allemagne, il a fait son discours, qu’il est allé prononcer en cérémonie à Monte-Citorio. La harangue royale de Rome est plus optimiste que la harangue impériale de Berlin. Le roi Humbert parle visiblement en prince satisfait, voyant tout avec confiance, comptant sur l’accord de son ministère et de la chambre nouvelle pour résoudre toutes les difficultés ou pour tout concilier. Il est certain qu’à première vue, à ne voir que le résultat officiel et apparent des récentes élections, la situation parlementaire n’aurait rien que de rassurant. Le chef du cabinet, M. Giolitti, a su manier son corps électoral et il compte dans le nouveau parlement une immense majorité. Il ne faut cependant pas trop s’y fier. Les oppositions, sans être immédiatement menaçantes pour le ministère italien, sont toujours vivantes et elles peuvent profiter de toutes les occasions pour mettre le désordre dans cette majorité qui n’est qu’un amalgame sans cohésion, sans lien politique. On ne sait jamais ce qui peut arriver, d’autant mieux que le ministère, par un excès de confiance, a trouvé le moyen de réveiller toutes les susceptibilités, en tranchant par décret, à la veille même de la session, toute sorte de questions financières et budgétaires des plus graves qui auraient pu être réservées au parlement. M. Giolitti s’est trop fié à sa fortune ; il a pu s’en apercevoir dès les premiers scrutins. Le ministère avait proposé M. Zanardelli pour la présidence de la chambre : M. Zanardelli a bien été nommé, mais il y a eu plus de 150 voix qui ont manqué à l’appel et qui pourraient devenir un dangereux noyau d’opposition. Là est le point noir.

Jusqu’à quel point M. Giolitti peut-il compter sur la persévérance de cette majorité qu’il croit avoir ? C’est là toute la question. Sans se montrer ouvertement hostile au ministère, M. Crispi est allé prononcer l’autre jour à Palerme un discours qui laisse présager une sorte d’opposition, de la mauvaise humeur, peut-être même quelque évolution inattendue. Chose curieuse ! M. Crispi en est à parler fort librement de la triple alliance et des conséquences qu’elle a eues pour l’Italie en l’engageant dans une guerre économique désastreuse avec la France. Entendons-nous : M. Crispi ne s’élève pas contre la triple alliance elle-même et n’en réclame pas la dénonciation. Il décline lestement toute responsabilité dans la négociation de cette alliance, il se plaint de la manière dont ses successeurs l’ont pratiquée, de la hâte qu’ils ont