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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/64

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réelles déclarées rachetables ; la noblesse s’y était préparée en reconstituant d’avance, sous une autre forme, la main-d’œuvre dépendante dont elle avait besoin.

Les lois de 1850 sont venues trop tard. La noblesse a utilisé le compromis de 1816, et les clauses profitables qu’elle y a introduites, ce droit d’accaparement qu’elle a obtenu de la faiblesse de l’État. Elle a réduit la plus grande partie des petits tenanciers à l’état de prolétaires ruraux. Les concessions arrachées à un gouvernement féodal par la révolution de 1848, il a pu les faire sans danger pour lui. Elles arrivent à une heure où il n’est déjà plus possible d’assurer en Prusse la constitution de la petite propriété rurale.

Il n’est malheureusement pas très facile de comparer l’état actuel de la propriété en France et en Prusse. Les statistiques des deux pays, très intéressantes l’une et l’autre, sont difficilement comparables. Quel est le chiffre de propriétaires que la Prusse peut mettre en regard des 8,500,000 propriétaires français ? Les statistiques de l’empire d’Allemagne ne nous le disent point. Nous lisons seulement dans les débats parlementaires qu’il est des régions rurales de la Prusse orientale où l’on compte seulement un propriétaire sur sept habitans, et que ce sont celles où le socialisme se recrute le plus activement. Quel est le chiffre d’exploitations agricoles que la France peut opposer aux 1,286,721 exploitations agricoles des provinces orientales de la Prusse ? Les dernières enquêtes agricoles françaises ne l’ont point dit d’une façon très claire, ni très complète.

Les statistiques sont plus comparables et les rapprochemens sont plus faciles, si l’on examine simultanément les résultats qu’ont donnés les mêmes statistiques, les statistiques de l’empire d’Allemagne pour les provinces orientales de la Prusse d’une part, et d’autre part, pour des régions dont la constitution sociale est très assimilable à celle de la France, comme la province rhénane, ou a été celle même de la France, comme l’Alsace-Lorraine.

On compte dans les provinces orientales de la Prusse 92 exploitations agricoles pour 1,000 habitans. En Alsace-Lorraine, on en rencontre 149. Sur 100 hectares de territoire, on trouve un peu plus de 6 exploitations agricoles dans les provinces orientales de la Prusse ; on en trouve un peu plus de 16 en Alsace-Lorraine. Les exploitations agricoles de plus de 100 hectares occupent à l’est de la Prusse de 34 à 57 pour 100 du sol, et 7 pour 100 en Alsace-Lorraine. Enfin, nous avons dit que dans les provinces orientales de la monarchie le grand propriétaire exploite lui-même ses domaines. Les superficies affermées représentent moins de 15 pour 100 du territoire agricole, — en Alsace-Lorraine, 31 pour 100. Mais n’oublions