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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/479

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Evidemment, le roi Léopold, dans le discours qu’il allait prononcer, ne pouvait rien dire de bien décisif. Il s’est borné par le fait à reconnaître la nécessité « d’améliorer, » de « rajeunir » les institutions libérales de la Belgique par une « large extension du droit de suffrage » et à faire appel au patriotisme, à la sagesse de l’assemblée constituante belge. Le roi est dans son rôle ; la question ne garde pas moins sa gravité devant une opinion passionnément partagée. Reste à connaître le projet que le chef du cabinet, M. Beernaert, assez perplexe, assez réservé jusqu’ici, s’est engagé à proposer pour tâcher de rallier toutes les opinions par une nationale et libérale transaction. De sorte qu’on en est là, entre les votes peu décisifs de la commission, le projet encore inconnu du gouvernement, et une agitation grandissante qui s’organise à Bruxelles, à Gand, dans les principales villes, pour la revendication du suffrage universel plein et entier. On trouvera sans doute la transaction qu’on cherche, qui finira par rallier une majorité et à laquelle il faudra bien que les radicaux se soumettent. Il sera cependant difficile désormais de ne pas faire une large part à l’élément démocratique et populaire. On entre dans une curieuse expérience, et la Belgique aura peut-être de la peine à trouver dans les institutions « élargies » ou « rajeunies » qu’on lui prépare les soixante années de paix intérieure et de progrès régulier qu’elle a trouvées dans les institutions libérales qui se lient à son indépendance.

Les élections qui viennent de se faire en Italie avaient du moins cet avantage de n’avoir pas à décider de l’avenir constitutionnel du jeune royaume et de n’avoir point été déterminées par quelque circonstance extraordinaire, par quelque convulsion intérieure. Elles étaient et elles restent après tout un acte régulier prévu de la vie publique d’un pays libre. Elles sont la suite des petites crises parlementaires de l’été d’où est sorti le ministère présidé par M. Giolitti. Dès ce moment, en effet, elles étaient décidées, elles se préparaient. Depuis trois mois, le nouveau premier ministre du roi Humbert, le successeur de M. di Rudini et de M. Crispi, était visiblement à l’œuvre, travaillant sans bruit par ses administrations, s’étudiant à capter l’opinion, à se créer une armée de candidats pour obtenir du pays un parlement ministériel, une majorité moins incohérente que la majorité flottante et équivoque de la dernière chambre. Les partis, ou ce qui reste des partis, les chefs d’opposition se préparaient aussi sans grand entrain à la nouvelle épreuve électorale. Aux derniers jours tout au plus, à la veille du scrutin, il y a eu une apparence d’animation. Manifestes, programmes, discours n’ont pas manqué : ils ne disaient à peu près rien. Aujourd’hui, c’est fait ; le scrutin a parlé dans l’Italie entière, il a dit ce que le gouvernement a voulu. Tout s’est passé sans trouble, sans la moindre agitation. Au fond, quel est le caractère de cette nouvelle consultation nationale et quels en sont les résultats ?