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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/478

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M. Gladstone, ni lord Rosebery, ni M. John Morley, ni sir William Harcourt, n’ont tenu à se conformer au vieil usage, à saisir cette occasion du banquet de Guildhall pour parler de leur politique intérieure ou de leur politique extérieure. On n’est pas sûr que ce soit un bon signe pour le ministère libéral. A part cette silencieuse Angleterre, la vie renaît un peu de tous côtés : en Allemagne où la loi militaire met plus que jamais les partis aux prises, en Autriche où l’empereur François-Joseph a une crise ministérielle à débrouillera Pesth, — en Belgique où le parlement vient de se rouvrir, en Italie où les élections sont à peine achevées et où les chambres vont se réunir. Tout se met en mouvement, et il y a des pays où ce réveil de vie publique n’est ni sans signification, ni sans gravité.

Comment se dénouera cet imbroglio de la révision constitutionnelle qui passionne depuis quelque temps la nation belge et qui vient de se compliquer, à l’ouverture du parlement, d’une certaine agitation populaire ? La Belgique n’est peut-être pas au bout de la crise qui a été si libéralement ouverte devant elle. On a bien pu, par nécessité ou par entraînement, s’engager dans cette grave aventure, voter le principe de la révision, décider la réunion d’une assemblée constituante ; on a pu encore après cela prendre trois mois de vacances pour avoir le temps de réfléchir, de préparer une solution propre à rallier sinon tous les partis, du moins la majorité nécessaire des deux tiers. Tout cela a été fait. Malheureusement, c’est ici que les difficultés commencent, — et la question, il faut l’avouer, ne semble pas près de s’éclaircir ou de se simplifier, de marcher vers un dénoûment. La vérité est qu’une commission parlementaire de vingt et un membres est restée chargée depuis trois mois de préparer un projet, et qu’après bien des travaux, des consultations, des débats intimes, des essais de transaction, cette commission n’a pu arriver qu’à un résultat tout négatif. Au total, elle n’est entendue sur rien, ou ce qu’elle a voté n’a pas réuni une majorité suffisante. Elle a repoussé, par exemple, assez nettement le principe de l’élection directe par le suffrage universel. Elle a laissé en suspens la question du cens. Elle s’est arrêtée, par une majorité insuffisante, à un système d’électorat politique, avec la garantie de ce qu’on appelle « l’habitation » ou « l’occupation, » peut-être aussi d’un certain degré de « capacité. » Le referendum est pour le moment éclipsé. Le principe du suffrage reste le point grave et dominant. Or, ce que la commission a voté a suffi pour provoquer dans les classes industrielles ou populaires, parmi les partisans du suffrage universel, une sorte d’explosion. A Bruxelles, à Gand, les meetings de protestation ont commencé, et c’est dans ces conditions que le parlement s’est ouvert au milieu de bruyantes manifestations qui ont accompagné le roi jusqu’au palais législatif, que la garde civique et l’armée ont eu parfois quelque peine à contenir.