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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/426

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casa Amarilla, il en sortait avec quinze millions, l’ex-président répondit : « On met toujours en circulation de pareilles rumeurs. Je ne me suis pas enrichi au pouvoir et n’ai même pas reçu l’intégralité de mon traitement. » Sévère dans ses jugemens sur ses partisans, il se montra sobre d’appréciations sur Crespo, dont il prédit le succès final : « Je laisse, dit-il, le pouvoir aux mains d’un triumvirat d’incapables, de Sarria, de Monagas et de Mendoza qui gouvernent sous le nom de Villegas ; » et il dénonce, en termes amers, la nullité d’Ybarra et la duplicité de Sarria[1].


IV

Le départ d’Andueza Palacio terminait le premier acte du drame politique dont le Venezuela était le théâtre. La démission du président laissait une place vide, mais non une question réglée. Les compétiteurs restaient nombreux et le champ était libre. Villegas, détenteur nominal d’un pouvoir temporaire, ne pouvait se maintenir, contrecarré qu’il était par Iturbe, le second vice-président, par le général Urdaneta, troisième vice-président, qui, s’emparant de la dictature, contraignait Villegas à se réfugier à la Guayra, pendant que Mendoza, au camp de Valencia, accumulait vainement les obstacles devant Crespo, en marche sur Caracas et qui, victorieux à la Cura, maître de Puerto-Cabello emportée par son lieutenant Mora, se heurtait, à El-Guayaba, aux derniers bataillons d’un gouvernement aux abois. Solidement appuyés sur leurs retranchemens et sur Caracas, commandés par les généraux Mendoza, Monagas, Monteverde, Diaz et Zamora, ils ne laissaient pas que de présenter encore un front redoutable. Crespo, Véga et Guerra marchaient à la tête des légalistes. Avant d’aborder l’ennemi, les Llaneros, pour se mieux reconnaître dans la mêlée, se dépouillèrent de leurs chemises, graissèrent leurs torses nus et, mettant à profit un orage violent, se ruèrent au galop de leurs chevaux sur l’aile gauche commandée par Mendoza. Elle plia sous le choc et tes Llaneros, sabrant devant eux tous ceux qui portaient une chemise, la mirent en déroute. L’aile droite, découverte, perdit successivement ses chefs. Monteverde, Diaz et Zamora furent tués, et les longs convois de morts et de blessés défilant dans les rues de Caracas apprirent à la population le résultat de la lutte.

Exaspéré par sa défaite, Mendoza rentrait à Caracas ave, c les débris de son aile gauche. Urdaneta, Sarria et Casañas quittaient la capitale pour tenter, disaient-ils, de reprendre à Mora, avec l’aide

  1. Voir le New-York Herald du 20 Juillet 1892.