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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/416

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démocratiques. Intéressé dans la maison de commission Lawalde et Cie, de New-York, il y possédait des capitaux considérables et faisait de sa grande fortune un généreux emploi. Métis d’un Espagnol et d’une Indienne, il descendait, par son père, de la race conquérante, par sa mère de la race autochtone ; à ce double titre il possédait les sympathies des deux et personnifiait la classe nombreuse des demi-blancs. Aucun préjugé de couleur ne l’atteignait, aucun sang nègre ne coulant dans ses veines.

Adversaire politique de Palacio, il accepta, sans hésiter, le commandement qui lui était offert, ralliant ses vétérans qui accoururent se ranger à ses côtés et ses nombreux tenanciers. Dès son entrée en campagne, il dénonça dans un manifeste adressé au peuple les actes illégaux et despotiques du président, déclarant l’insurrection un devoir et appelant à lui tous ceux qui entendaient rester fidèles à la constitution. Au milieu de mars, il disposait d’une force insurrectionnelle de 1,500 hommes aguerris, mais mal armés. C’était trop peu pour marcher sur Caracas, défendue par les bataillons des généraux Tirado, Rodriguez, Cova et Borges, chefs de l’armée régulière et adhérens de Palacio, mais Crespo comptait sur son nom et sur son prestige pour provoquer des défections dans les rangs de ses adversaires et pour grossir les escadrons de Llaneros ralliés autour de lui. Renonçant donc à une marche en avant dont le succès était douteux, il manœuvra de façon à attirer les troupes du gouvernement dans les plaines où ses Llaneros, cavaliers intrépides, lui assuraient de sérieux avantages et lui permettaient, tout en harcelant l’ennemi, d’ajourner une action décisive jusqu’à l’arrivée de ses renforts.

Bien renseigné par ses affiliés sur ce qui se passait à Caracas, il savait que le mécontentement y était grand et que la terreur seule maintenait la capitale dans l’obéissance. Les animosités soulevées.contre le dictateur par l’emprisonnement des juges et des membres du congrès se manifestait le 2 avril par une tentative d’assassinat. Une bombe de dynamite, lancée par une main inconnue, éclatait dans la casa Amarilla, résidence officielle du président, brisant les vitres et les cloisons. Palacio, qui se trouvait alors dans son cabinet de travail, n’échappa que par miracle à cette explosion, dont le retentissement fut tel qu’on l’entendit dans toute la ville où l’on crut tout d’abord à une attaque de l’armée insurrectionnelle. Appelées en hâte par le téléphone, la police et les troupes se replièrent sur la casa Amarilla, et les adhérens de Crespo, qu’elles surveillaient, profitèrent de ce moment d’affolement pour quitter leurs demeures, franchir les portes abandonnées, et gagner la campagne d’où, par des voies détournées, ils rejoignirent les