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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/413

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importans dans ce drame politique qu’il nous reste à raconter. Nous aurons l’occasion de revenir sur leur passé et de noter leurs traits caractéristiques en les montrant à l’œuvre. Si par certains côtés ils rappellent des types généraux, propres à l’Amérique du Sud, par d’autres ils s’en distinguent et, essentiellement Vénézuéliens, ils incarnent en eux les défauts et les qualités de leur race.


III

Élu président du Venezuela en mars 1890, Andueza Palacio voyait expirer ses pouvoirs en février 1892. Le 10 de ce mois devait avoir lieu l’élection de son successeur. Entré pauvre à la casa Amarilla, il s’y était, disent ses ennemis, rapidement enrichi, et la rumeur publique lui attribuait une fortune de plus de quinze millions. A ces assertions, il convient d’opposer ses dénégations réitérées et celles de ses amis. Il n’est malheureusement que trop vrai qu’avant lui, si ce n’est lui, nombre de présidens se sont enrichis au pouvoir, et que l’on admet difficilement ici, comme dans la plupart des États de l’Amérique du Sud, qu’un homme quitte les affaires tel qu’il y est entré.

Aux termes de la constitution, le président Palacio n’était pas rééligible. Le congrès devait nommer un conseil fédéral de dix-sept membres, lequel choisirait, parmi ses membres, le nouveau président ; mais, non plus que Balmaceda au Chili, Andueza Palacio n’entendait abdiquer. Il tenait pour trop courte la durée des pouvoirs présidentiels ; il tenait pour fâcheuse la nomination du président par un comité de dix-sept membres, et il revendiquait pour le peuple le droit d’élire le premier magistrat de la république. Le congrès s’opposait à cette innovation, mais par une faible majorité : 43 voix contre 40. D’autre part, les conseils-généraux s’y montraient favorables, sept sur neuf signifiaient leur assentiment et pétitionnaient en faveur de cette mesure.

Toute significative que fût cette adhésion, elle n’avait que la valeur d’un vœu ; elle ne constituait pas une décision légale, elle ne pouvait se substituer à la loi organique. Cette dernière subsistait intacte, tant qu’elle n’aurait pas été régulièrement révisée et modifiée. Le temps manquait pour le faire ; Andueza Palacio hésitait à forcer l’obstacle, il n’hésita pas à le tourner. Le conseil fédéral avait, disait la constitution, seul qualité pour élire légalement le président, mais le congrès avait seul qualité pour nommer le conseil fédéral. S’il ne le nommait pas, l’élection présidentielle devenait impossible, et le président en exercice continuait ses fonctions. Au jour fixé pour procéder à la nomination du