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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/408

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région des Llanos, ou des plaines, est chaude et parfois fiévreuse dans la saison sèche.

Elle est longue, la liste des richesses encore peu ou pas exploitées de ce vaste territoire. On rencontre d’importantes mines d’or sur les rives de l’Yuruari et dans la province de Bolivar ; le cuivre rouge d’Aroa est supérieur au cuivre de Suède, et, sur les bords du lac Maracaïbo, se trouvent le pétrole, l’asphalte, le marbre, le granit et le sel.

Bien différente de la zone forestière que sillonne l’Orénoque, la zone pastorale ou des Llanos forme un vaste océan de verdure fuyant au loin vers le sud entre la chaîne côtière et les Andes, débordant sur la Colombie, le Brésil et l’Equateur, s’élargissant sans cesse en plaines interminables que recouvraient autrefois les eaux de la mer. Là où errent aujourd’hui les Piaroas, les Guaharibos, les Mapoyas, leurs ancêtres pagayaient leurs canots. Sur un roc inaccessible, isolé dans la vaste plaine, ces derniers ont gravé de mystérieux hiéroglyphes. « Nos pères, disent les Indiens, ont abordé au sommet de ce roc en canot. »

Refoulés par les Espagnols qui, remontant le cours de l’Orénoque, les dépossédaient du littoral, ces tribus indiennes, reculant devant eux, se cantonnèrent dans le delta du fleuve où elles élevèrent leurs habitations lacustres, dans les Llanos où les colons les suivirent. Mais ici l’espace ne manquait ni aux uns ni aux autres. « Il y a, dit Humboldt, de la grandeur et une profonde mélancolie dans le spectacle de ces steppes. Tout y paraît frappé d’immobilité, sauf parfois l’ombre légère d’un nuage glissant lentement sur le sol et annonçant l’approche de la saison des pluies à l’habitant des savanes. L’œil se fait sans peine à ces grands horizons qui, pendant des voyages de vingt et trente jours, ne varient pas, rappelant, par leur espace sans fin et leur calme profond, la mer des tropiques. Dans cette zone étrange, on en vient à considérer l’existence de l’homme comme inutile à l’ordre de la nature. Celle-ci est pleine de vie sans lui, et lui-même n’y ajoute rien. »

Race intermédiaire entre les Indiens des rives de l’Orénoque et les cultivateurs de la zone agricole, les Llaneros tiennent des premiers leurs goûts de vie libre et nomade, des seconds des idées confuses de civilisation et de progrès. Sur ce monde à demi barbare passe un souffle nouveau. Attirée par les riches pâturages des Llanos, l’immigration envahit lentement ces solitudes qu’elle peuple de troupeaux. Les hattos, ou fermes d’élevage, se multiplient, et des centres d’approvisionnement apparaissent sur certains points bien choisis, embryons de villes futures.

Caracas, patrie de Bolivar et berceau de l’indépendance de