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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/406

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Les événemens dont le Venezuela est en ce moment le théâtre ne sont pas pour ébranler cette confiance. S’ils montrent, une fois de plus, la nature et la profondeur du mal, ils mettent aussi en relief la vitalité puissante de la nation, sa force de résistance, sa foi, que les plus rudes épreuves n’ont pu lasser, dans le triomphe du droit et de la légalité.


I

Examinons tout d’abord le cadre dans lequel se déroulent les péripéties sanglantes et se meuvent les acteurs principaux du drame politique que nous entreprenons de retracer.

Terre aux formes bizarrement découpées, pays riant, au nom sonore et doux, aux plages verdoyantes inondées par le soleil des tropiques, le Venezuela, situé dans la zone torride, entre l’équateur et le 10e degré de latitude nord, déploie, sur 1,500 kilomètres de longueur, au long de la mer des Caraïbes, ses côtes merveilleusement échancrées qui font face aux grandes Antilles. Sa superficie est de 1,043,000 kilomètres carrés, près de deux fois celle de la France ; sa population est de 2,300,000 habitans. Au nord, il est borné par l’Océan ; à l’est, il confine à la Guyane anglaise, dont le cours du rio Amacura et la sierra de Rincoté le séparent. Au sud, sa frontière, capricieusement découpée par le relief du sol, dessine au long du Brésil une série d’angles rentrans, de saillies bizarres, affectant des formes de promontoires, d’anses et de caps. A l’ouest, une ligne arbitraire, rigide et droite dans sa partie méridionale, isole le Venezuela des États-Unis de Colombie, dont il fit partie. Il y a de cela un demi-siècle, et la cassure apparaît aussi nette qu’alors ; la question de limites n’est pas encore réglée.

Colomb reconnut, le premier, cette région. En 1498, il découvrit les embouchures de l’Orénoque et, pour la première fois, sans s’en douter, il aperçut la terre ferme, objet de ses recherches. Il ne soupçonna la vérité que dans le golfe de Paria, où l’énorme quantité d’eau douce qui s’y épanchait lui fit conjecturer qu’un continent seul pouvait alimenter de pareils fleuves. Quant à l’Orénoque, qu’il prit d’abord pour un détroit, il ne put qu’en explorer l’entrée et en prendre possession au nom de la couronne d’Espagne. Un an plus tard, Vespuce, Cosa et Ojada relevèrent la côte depuis le golfe de Paria jusqu’à celui de Maracaïbo ; ces terres plates et noyées, du sein desquelles surgissaient de grands villages indiens bâtis sur pilotis, leur rappelèrent Venise, et ils donnèrent à cette côte le nom de Venezuela, petite Venise, qu’elle a gardé depuis.

Ici, comme dans tout le continent conquis par elle, le joug de l’Espagne fut dur et pesant aux colons. Le monopole paralysait toute