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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/405

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Chinois. Les premiers sont de descendance espagnole, comme tels fils des conquérans, comme tels dédaigneux du travail manuel. L’armée et la marine d’une part, les professions dites libérales de l’autre, sont les principaux débouchés ouverts à leur activité. L’instruction est largement répandue, et les écoles spéciales fournissent plus d’avocats et de docteurs que ces pays n’en requièrent. D’instinct, au seuil des carrières encombrées, les jeunes gens se tournent vers la politique ; ils ambitionnent les fonctions stériles de députés et de sénateurs. L’espoir de jouer un rôle, le désir de conquérir rapidement, avec une situation en vue, la fortune, les attirent. Ils se font politiciens, se choisissent un chef et marchent avec lui et derrière lui à l’assaut du pouvoir. Leur impatience le pousse ; ils ont hâte d’arriver, et les traditions autorisent et justifient leur audace. La législation n’est qu’un mot, la force prime tout. L’opinion publique est muette ; celle des journaux, des cercles, des cafés, la remplace. La jeunesse dorée des grandes villes mène, le plus souvent, une vie oisive, passée sur la Plaza, à l’Alameda, au cours, à dévisager les jolies femmes, dans les trattorias, les pulperias et les clubs, à parler de politique.

D’un côté, les blancs, les caballeros, de l’autre les peones, les hommes de peine, insoucians des affaires publiques ; ces derniers travaillent, s’enivrent et se multiplient ; ils n’ont ni moralité appréciable, ni crainte de la mort. C’est parmi eux que se recrutent ces soldats intrépides que nous avons montrés à l’œuvre sur les champs de bataille de Tacna et d’Arequipa, de Miraflores et de Chorillos, où leur férocité égalait leur bravoure. Nous les retrouverons, les mêmes, sur ceux de Polito et d’Acarigua, de Los Tequès, d’Ejido et de Valencia, de Caracas et de la Guayra. Entre ces deux élémens distincts, dont l’un commande à l’autre, on voit apparaître une classe moyenne, embryonnaire dans la plupart de ces républiques, plus compacte et plus avancée dans quelques autres, mais dont les progrès sensibles et l’accroissement rapide présagent l’avènement prochain. C’est à elle qu’appartient l’avenir ; avant peu prépondérante, elle fera la loi et imposera sa volonté ; elle se recrute en haut et en bas, plus largement parmi les métis ; elle représente l’élément stable, les intérêts permanens, qui s’accommodent mal des coups d’audace, du pouvoir conquis par la violence et renversé par la force brutale. Là est le remède prochain aux maux actuels ; là est le facteur nouveau appelé à substituer l’ordre au désordre, à restaurer les finances et à relever le crédit, à justifier les pronostics favorables de ceux qui, tout en déplorant de tristes erremens, ne désespèrent pas de l’avenir et de la grandeur future de ces républiques.