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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/402

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A quel malaise étrange, en apparence inexplicable, sont donc, en ce moment, en proie les républiques espagnoles de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud ? Après le Brésil, qui semble avoir perdu sa paix intérieure depuis qu’il a conquis une liberté que rien n’entravait sous le plus nominal des empereurs ; après le Chili, dévoyé depuis ses victoires ; après le Pérou et la Bolivie, aigris et inquiets depuis leurs défaites ; après le San-Salvador que menace le Costa-Rica, et le Costa-Rica que menace une crise économique et financière, voici le Venezuela, déchiré à son tour par la guerre civile, se débattant entre les présidens qui luttent pour conquérir le pouvoir ou s’y perpétuer, entre les partis qui se disputent les emplois, entre les politiciens qui pillent le trésor public.

Il semble que, dans cette Amérique du Sud, deux fois grande comme l’Europe, cent fois riche comme elle en productions naturelles, onze fois moins peuplée, l’homme ait mieux à faire qu’à s’armer contre l’homme. Ni la terre ne manque, ni l’espace n’est mesuré. Sur 8,000 kilomètres de longueur du nord au sud, sur 18,300,000 kilomètres carrés de superficie, l’Amérique méridionale dessine sur le double océan sa masse compacte, aux contours rigides, que les flots entament à peine, qu’échancrent seuls les