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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/400

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ceux qui s’agitent aujourd’hui autour de la question de l’argent feraient sagement de suivre cet exemple. Il y a des courans qu’il ne faut pas essayer de remonter. Que les propriétaires des mines américaines en prennent leur parti ; l’argent traverse une période d’inévitable dépression. On avait pensé que la galvanoplastie lui offrirait un débouché illimité : voici qu’il rencontre, pour les usages domestiques, la concurrence victorieuse du nickel, d’un poli plus stable, d’un éclat plus brillant, d’une résistance supérieure à l’action de l’air et des acides. L’argenterie massive est démodée ; il en est mis, tous les ans, à la fonte pour des millions : la lourde orfèvrerie n’est plus recherchée qu’aux États-Unis et dans l’Inde, où les rajahs se font faire des trônes en argent massif. Si les États-Unis peuvent continuer pendant un certain temps à acheter, chaque année, la moitié de l’argent produit dans le monde entier, soit 1,679,400 kilogrammes sur 3,600,000, ils feront un usage peu judicieux de leurs magnifiques excédens budgétaires ; mais ils arriveront tout au plus à ralentir le mouvement de baisse, sans réussir à l’enrayer. La production continue, en effet, de s’accroître dans de grandes proportions, et aux États-Unis, de 1,900,000 kilogrammes en 1889, elle est montée à 2,200,000 kilogrammes en 1890. Les mines du Mexique sont également en progrès sensible : elles ont donné 852,000 kilogrammes en 1887-88, puis 994,000 kilogrammes en 1888-89 et 1,014,000 kilogrammes en 1889-90 ; les chiffres du dernier exercice ne sont pas encore connus. Comment les prix pourraient-ils se soutenir en face d’un pareil afflux du métal blanc ?

Est-ce à dire que le rôle monétaire de l’argent soit terminé ? Nous ne le pensons pas. Lorsque le gouvernement indien aura amorti les lourds emprunts qu’il a contractés en Angleterre, et auxquels il déclare ne vouloir rien ajouter, les council bills ne viendront plus prendre, dans le règlement des affaires commerciales, la place de plusieurs centaines de millions ; et le change s’améliorera. La question capitale, disait avec raison la commission d’enquête anglaise, est de savoir quelle quantité de produits l’Inde sera en mesure de livrer à l’Europe. L’Inde est demeurée, d’ailleurs, le consommateur le plus important et le plus régulier du métal blanc. Elle en a absorbé 879,000 kilogrammes en 1887, 1,122,000 kilogrammes en 1888, et l,147,000 kilogrammes en 1889. Loin que la frappe de l’argent soit suspendue, la monnaie de Calcutta n’a pas cessé de frapper annuellement de 200 à 250 millions de pièces d’argent. Les hauts fonctionnaires de l’Inde qui ont comparu, soit devant le conseil des finances, soit dans les diverses enquêtes anglaises, ont été unanimes à affirmer que le pouvoir d’absorption de l’argent