Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/390

Cette page n’a pas encore été corrigée


La seule présentation de cette loi avait déterminé sur le marché de l’argent une hausse qui s’accentua encore après son adoption définitive et sa promulgation. De 44 pence 1/2, en janvier 1890, le prix de l’once d’argent s’éleva, à Londres, jusqu’à 53 pence en septembre ; mais alors commença une baisse ininterrompue) qui ramena le prix de l’once à 43 pence 5/8 en décembre 1891 et le fit tomber, en mai 1892, un peu au-dessous de 40 pence, le cours le plus bas qui eût encore été coté. Que devenaient les espérances qu’on avait fondées sur la loi Windom ? Loin de se relever par les achats obligatoires de la trésorerie, l’argent se dépréciait de plus en plus. Les silvermen revinrent aussitôt à leur thèse favorite, que le seul remède effectif à la crise était le libre monnayage de l’argent. Ils avaient raison à leur point de vue ; car si les propriétaires de mines avaient pu porter leurs lingots à la monnaie de Philadelphie et les y faire transformer en dollars des États-Unis, cela eût été plus avantageux pour eux que de les vendre au cours du marché : seulement les nouveaux dollars n’auraient-ils pas immédiatement servi à des achats d’or en vue de l’exportation ? On revint aussi à la chimère d’une entente avec l’Europe au moyen d’une conférence diplomatique. Dans son message du 7 décembre 1891, le président Harrison réitéra sa ferme résolution de ne point accepter le libre monnayage de l’argent, qui mettrait le monde des affaires à la merci des fluctuations de ce métal. Il demandait à ses concitoyens de ne pas remanier une fois de plus la législation monétaire et de faire un loyal essai des lois en vigueur. Quant à la convocation d’une conférence, il déclarait avoir suivi avec soin les mouvemens de l’opinion en Europe, avoir recueilli tous les renseignemens propres à l’éclairer et avoir retiré de cette enquête officieuse la conviction que rien, dans les dispositions actuelles des gouvernemens, n’était de nature à justifier de sa part la proposition d’une conférence internationale. Tout cela était fort sage et fort juste ; mais la pression électorale s’est trouvée irrésistible, et ce même président, quatre mois plus tard, adressait à tous les gouvernemens européens l’invitation de se réunir en conférence afin de « rechercher les moyens d’accroître l’emploi de l’argent dans les systèmes monétaires des différens pays. » Le 11 mai dernier, une députation de la ligue bimétallique, qui s’est récemment fondée en Angleterre, se présentait au foreign office pour remettre au premier ministre, au chancelier de l’Échiquier et au premier lord de la trésorerie le texte de résolutions réclamant l’intervention du gouvernement pour régulariser, au moyen d’une conférence internationale, le change entre les pays à monnaie d’or et les pays à monnaie d’argent. M. Goschen a fait connaître à cette députation l’invitation du