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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/387

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composée de savans de tout pays auxquels des invitations avaient été adressées par la commission d’organisation, n’avait point le caractère officiel de la conférence de 1881. Le ministre des finances de France, M. Rouvier, le donna clairement à entendre dans la lettre qu’il adressa à M. Magnin, pour s’excuser, sur l’état de sa santé, de ne point aller faire l’ouverture du congrès. « Le gouvernement français, disait-il, a eu, vous le savez, à différentes reprises, l’occasion de faire connaître ses idées sur les questions monétaires. Bien que les faits qui se sont produits dans ces dernières années ne nous semblent pas de nature à modifier, à cet égard, nos dispositions générales, nous suivrons avec le plus grand intérêt les échanges de vues qui vont avoir lieu. Il ne s’agit, cette fois, que d’un débat purement scientifique, et les opinions exprimées seront toutes personnelles. » Il avait été entendu qu’il ne serait procédé à un vote sur aucune question. Le congrès ne fut donc qu’un tournoi académique, dans lequel les défenseurs et les adversaires du bimétallisme rompirent des lances et dépensèrent assez d’éloquence pour remplir un gros volume.

Ce n’est pas là ce qui pouvait améliorer la situation des États-Unis ; elle devenait intolérable. Au 1er novembre 1889, le chiffre des dollars d’argent, frappés en vertu de la loi de 1878, s’élevait à 343,638,001, et sur cette somme, 283,539,521 dollars, soit plus d’un milliard et demi de francs, demeuraient emmagasinés dans les réserves du trésor ; 60,098,480 dollars seulement étaient en circulation. Cela n’empêchait point M. Bland et ses amis de trouver que les États-Unis n’avaient pas suffisamment de monnaie d’argent, et de demander, à chaque session, le monnayage illimité, c’est-à-dire le droit pour les particuliers de faire frapper des dollars à l’empreinte des États-Unis en quantité illimitée. Ces propositions avaient, jusque-là, toujours été rejetées ; mais on était à la merci d’une surprise ou d’un coup de majorité. Il fallait donc arrêter le monnayage insensé auquel les États-Unis se livraient depuis douze ans, mais il fallait en même temps, et comme compensation, offrir aux propriétaires des mines d’argent un débouché pour le produit de leurs exploitations. Dans son message du 3 décembre 1889, le président Harrison recommanda au congrès l’adoption d’un plan élaboré par le secrétaire du trésor, M. Windom. Ce plan s’appuyait sur l’empressement avec lequel le public avait usé de la faculté de déposer les espèces argent au trésor contre la délivrance de récépissés remboursables à vue, qui étaient reçus pour le paiement des impôts ou des droits de douane. En échange de la suppression du monnayage obligatoire, M. Windom offrait aux producteurs ou détenteurs d’argent la