Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/381

Cette page n’a pas encore été corrigée


On voit que les législateurs américains allaient vite en besogne. Ils comptaient que l’Europe s’empresserait de se rendre à leurs désirs, et que leur exemple exercerait une influence décisive sur les nations continentales. Ils ne semblent pas s’être doutés qu’ils avaient eux-mêmes créé un obstacle très sérieux, sinon insurmontable, à la possibilité d’une entente. Ils avaient adopté pour leurs nouveaux dollars le titre et le poids des pièces d’argent frappées autrefois, en vertu de la loi du 18 janvier 1837, qui supposait entre l’or et l’argent le rapport de 1 à 15,98, tandis que les monnaies de l’Union latine et celles de presque tous les États européens ont pour base le rapport de 1 à 15 1/2. L’établissement du rapport commun auquel ils voulaient arriver par une conférence n’était donc possible qu’à la condition que l’Europe refondît toutes ses monnaies d’argent, ou que l’Amérique remît les nouveaux dollars au creuset, et remaniât la législation qu’elle venait d’adopter.

L’invitation faite au nom des États-Unis fut accueillie avec la courtoisie due à un grand pays : l’exposition de 1878, à l’occasion de laquelle de nombreuses questions devaient être débattues entre les gouvernemens, rendit facile la convocation d’une conférence pour la question monétaire. Cette conférence se réunit donc en septembre 1878, et il suffit aux délégués de quelques séances pour se convaincre qu’il était impossible d’arriver à un accord. Ils se séparèrent donc après avoir voté les résolutions suivantes qui étaient une fin de non-recevoir polie en réponse aux propositions américaines. « Les délégués des États européens représentés à la conférence désirent exprimer tous leurs remercîmens au gouvernement des États-Unis d’Amérique pour avoir provoqué un échange international d’opinions sur l’importante question monétaire. Après avoir mûrement considéré les propositions des délégués des États-Unis, ils reconnaissent : 1° qu’il est nécessaire de maintenir dans le monde le rôle monétaire de l’argent aussi bien que celui de l’or : mais que le choix entre l’emploi de l’un ou de l’autre de ces doux métaux ou l’emploi simultané des deux doit avoir lieu suivant la situation spéciale de chaque État ou groupe d’États ; 2° que la question de la limitation du monnayage de l’argent doit également être laissée à la libre décision de chaque État ou groupe d’États, suivant les conditions particulières où ils peuvent se trouver, et cela d’autant plus que les perturbations qui se sont produites dans ces dernières années sur le marché de l’argent ont diversement affecté la situation monétaire des différens pays ; 3° qu’en présence des divergences d’opinion qui se sont manifestées et de l’impossibilité où se trouvent même des États ayant le double étalon de prendre un engagement relatif à la frappe illimitée de l’argent, il