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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/369

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Le quichua, beaucoup plus étendu, règne dans le reste de la Bolivie et dans tout le Pérou. Ce dernier idiome servait aux Incas. L’aymara et le quichua ont une origine commune ; il est facile de s’en apercevoir, mais, à la longue, ils sont devenus très différens, et qui ne connaît que l’un ne comprend absolument rien à l’autre.

Vous savez sans doute que la civilisation des Incas a succédé à un empire beaucoup plus ancien dont l’histoire ne dit rien, qui avait son siège à l’endroit où nous sommes. Les ruines classiques de Tiahuanaco, à peu de distance d’ici, que viennent visiter les amateurs d’archéologie et qu’ils admirent, de même que les admirèrent autrefois les Incas lorsqu’ils eurent étendu leur domination jusqu’à ce territoire, sont le vestige le plus remarquable de ce peuple oublié dont on sait simplement qu’il était Aymara, parlait aymara. — Le nom de Tiahuanaco a été l’objet de plusieurs interprétations dont la plus répandue est l’explication légendaire que voici. A une époque reculée, un monarque de cette région reçut un jour un message important qui lui était apporté par un courrier arrivé avec une promptitude extraordinaire : Tiai, Guanaco ! (Assieds-toi, Guanaco ! ) dit affectueusement le prince en appliquant à son zélé serviteur le nom du léger animal dont il avait imité la célérité. — Il faut dire que cette étymologie est quichua ; et, parce fait même, elle a des chances d’être inexacte. Ou elle s’appuie sur une simple rencontre de mots, ou le nom de Tiahuanaco serait relativement récent, ce qui est possible après tout. Je vous la cite parce que c’est elle qu’on donne communément.

La première race qui ait organisé ce qu’on a appelé le Pérou était donc issue des hauts plateaux. L’aymara, plus ancien que le quichua, plus dur aussi en raison de son origine montagnarde, est très proche parent du grec et du sanscrit (voilà qui va mal) ! Mais un fait bien plus intéressant vient d’être mis en lumière, il y a quelques années, par le docteur Emeterio Villamil de Rada. Ce savant philologue, dans son livre de la Lengua de Adan y el hombre de Tiahuanaco, publié à La Paz en 1888, démontre clairement que l’aymara était la langue du paradis terrestre ! ..

Il est sept heures du matin. Pas le plus léger flocon pour ternir l’éclat du soleil. Il fait un peu froid, mais c’est presque une façon impropre de s’exprimer. Chacun couvert suivant son degré de sensibilité particulière, on n’est plus exposé à éprouver de sensations de froid ni de chaleur. C’est une température égale, et cela d’un bout de l’année à l’autre. C’est le premier climat du monde, celui où les hommes peuvent vivre très vieux, où les riches Chiliens et Péruviens viennent se guérir de la phtisie. L’air, un peu léger pour les poumons du nouveau débarqué, est d’une admirable pureté, si pur que sa transparence permet d’apercevoir avec une singulière