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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/366

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forme quasi rimée, ce résumé symbolique de l’esprit des principales nations :

La Rusia es un soldado,
Austria una fortaleza,
Alemania un filosofo,
Italia un piano,
Inglaterra un mercado,
Francia un teatro,
España un templo.

La température a ceci de particulier que le soleil est chaud, l’air restant froid, en sorte qu’on grelotte tout de suite à l’ombre. Il ne gèle pas, bien que peu s’en manque. Mais on pressent qu’aux premières approches de l’obscurité, l’eau va prendre immédiatement.

Notre wagon-infirmerie a enfin atteint, à la station de Crucero-Alto, le maximum d’élévation, 4,460 mètres, en même temps que la souffrance des patiens arrive à son point culminant. Nous ne mesurons que 350 mètres de moins que le Mont-Blanc. Maintenant, nous irons constamment en descendant, mais très faiblement, et les malades n’en éprouveront aucun soulagement. Le soroche est d’ailleurs très capricieux : un de mes compagnons, qui se rend en Bolivie, un compatriote précisément, qui en ce moment se porte aussi bien que moi, sera très souffrant après-demain, à Chililaya.

Vers quatre heures, la voie s’engage entre les lagunillas, lesquelles sont au nombre de deux. L’étang de gauche, le plus vaste, a l’air d’un vrai lac. C’est une grande nappe, avec des étrangle-mens, dont l’eau n’est ni verte ni bleue, mais grise ou noirâtre, couleur de plomb aux places où elle reçoit la lumière, comme morte dans son entourage de collines au gazon pelé, moins arides pourtant que les espaces que nous venons de traverser. La lagune de droite, moins étendue, mais tout aussi désolée, porte le surnom expressif de lagune du soroche, et, comme sa sœur, donne la migraine rien qu’à la contempler.

La nuit tombe au moment où la campagne reprend un peu de verdure. On aperçoit des champs cultivés, mais pas un arbre, pas même un arbrisseau.

A sept heures, nous atteignons Puno. Le chemin de fer aboutissant à l’embarcadère même du bateau à vapeur, je longe simplement, pour monter à bord, un mur assez insuffisamment éclairé par une ou deux lanternes, et c’est tout ce que je vois de la ville. Le lendemain, au jour, nous sommes en marche.

La navigation du lac Titicaca est desservie par deux petits vapeurs de fer, si petits qu’en laissant pendre sa canne du bout de la main, appuyée sur le rebord du bateau, on trace un sillon dans