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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/361

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— Ce sera donc pour demain !

Nous avons recommencé de courir. Nous montons toujours, mais insensiblement maintenant. C’est la pampa de la Joya, et en voilà pour des heures ! Pas un habitant sur ce plateau incultivable tout parsemé de dunes singulières, en forme de croissans d’une courbe très régulière, la convexité opposée à la direction du vent ; faites d’un joli sable gris tendre, délicatement ridé sur la pente allongée, en stries parallèles, en demi-cercle, qui, de loin, a l’apparence lisse et translucide d’un bloc de verre. — Mais cela n’en finit plus ! Voilà le soleil à son déclin, et nous courons toujours à travers le même site. Le Misti, l’ancien volcan au pied duquel s’élève Arequipa, est le but que nous poursuivons sans relâche ; mais il ne se rapproche guère. Il n’est pourtant pas bien loin devant nous, semble-t-il, avec ses pentes régulières et son sommet tronqué de pyramide plutonienne, tout étincelant de neige. Sa hauteur est de 6,100 mètres ; 1,290 mètres de plus que le Mont-Blanc.

La faune de l’endroit n’est représentée que par les chèvres au cou de girafe, les lamas et autres variétés du même genre. Ces bandes de jolis animaux nous regardent curieusement passer jusqu’au moment où, prenant pour une menace à leur adresse le coup de sifflet de la locomotive, on les voit détaler de toute la rapidité de leurs jambes fluettes.

La nuit est venue ; on n’aperçoit plus rien de la route. Aux stations, seulement, les lanternes nous montrent deux ou trois habitations logées comme elles ont pu des deux côtés de la voie, dans l’espace restreint ouvert par la tranchée ; de manière encore à laisser passage au chemin de fer, et qui abritent uniquement le personnel dépendant de la gare. A huit heures et demie, des lumières, du bruit, du mouvement et l’arrêt définitif : nous sommes à Arequipa.

Au point du jour, je retraverse la ville, dont je n’ai rien vu la veille, dans le tramway qui relie le chemin de 1er à l’hôtel où j’ai passé la nuit. Les réverbères, de simples lampes à pétrole dans leurs cages de verre, luttent tristement contre les premières lueurs naturelles ; la fraîcheur du matin qui, dans les pays les plus chauds, est sensible, vive même, bien que dissipée aussitôt que goûtée, est pénétrante sous ce climat. Les rues sont toutes en pierre. Trottoirs de pierre, pavés faits de cailloux très serrés, comme fondus en un sol de pierre ; si les promeneurs étaient levés, on entendrait sonner et grincer la pierre sous les talons et le fer des cannes. A pareille heure, nos rues sont depuis longtemps emplies de l’agitation des industries matinales ; ici, nous n’avons encore croisé que quelques individus qui ne faisaient rien. Malgré ses rails, notre tramway