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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/353

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annonce le retour de l’expédition Camus. — Il s’agit d’un corps de troupe commandé par le colonel Camus, qui a dû reculer devant les révolutionnaires, traverser le désert d’Atacama et revenir par la Bolivie et l’Argentine, en se faisant désarmer, pour regagner Santiago à la manière des bons civils :

« Loyaux entre les loyaux,

« Un fait sans précédent dans les fastes de l’histoire, unique par le caractère qu’il revêt, vient de couvrir une fois de plus d’une impérissable gloire l’armée qui lutte pour le soutien de l’ordre constitutionnel.

« Je veux parler de la retraite de la division Camus, qui pourrait bien s’appeler la retraite des loyaux entre les loyaux.

« Je dis que ce fait n’a pas de précédent dans l’histoire, car on peut s’efforcer d’en rechercher un autre qui le surpasse en grandeur. Sûrement, on ne le trouvera pas. En effet, même la retraite des armées de Napoléon le Grand, dans la malheureuse expédition de Russie, n’est en aucune façon digne de figurer à côté de celle que l’invincible colonel Camus vient d’amener à un heureux résultat…

« Mais ce qu’il y a de plus étonnant dans cette retraite, c’est le lait que la légion de héros dont elle se composait soit arrivée dans le sein de la patrie, sans qu’un seul des participans soit resté en route, rendu par les fatigues du voyage…

« Honneur et gloire impérissable à ces loyaux entre les loyaux !

« Honneur au gouvernement de S. E. Mr Balmaceda qui a su choisir de tels défenseurs ! »

La baie est magnifique à voir, mais peu sûre à fréquenter, étant toute grande ouverte. Le mauvais temps y est soudain et dangereux. — Le soir, le ciel est lumineux, la lune brille comme dans une romance. Les navires ont leurs lumières réglementaires allumées, ce qui suffit à donner un air de fête à la rade : un souffle caverneux et un clapotement ; c’est la ronde d’un torpilleur s’assurant dans la nuit si quelque cuirassé congressiste ne rôde pas aux environs comme le lion dévorant de l’Écriture. La tranquillité de la soirée est plutôt bercée que troublée par le vague brouhaha qui vient de la ville. Il fait bon, à cette heure, errer sur le pont du Tafna, en rêvant à des choses confuses. — Un sifflement, puis, immédiatement, le bruit, rebondissant en écho, de la détonation, arrêtent le promeneur. C’est une balle qui vient de passer. — Quelque homme du guet qui s’amuse sur le port.

Et le Tafna poursuit ses découpures sur la côte chilienne. Nous sommes à Coquimbo.