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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/333

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Le trajet du Havre à La Paz étant un voyage que nombre de Français n’ont pas eu l’occasion d’exécuter, il peut être intéressant pour le lecteur d’apprendre dans quelles conditions s’effectue ce déplacement. Voici la manière de s’y prendre vià Magellan. Car le voyageur partant d’Europe a le choix entre le détroit et l’isthme de Panama. Cette dernière direction mène plus vite à destination, mais offre moins d’intérêt, je crois, que la précédente.

C’était le Tafna, le plus petit des navires de notre compagnie maritime du Pacifique, qui en possède de fort beaux, qui devait faire franchir à l’auteur de cette relation la distance océanique entre la France et la Bolivie. — La compagnie maritime du Pacifique a sa tête de ligne au Havre.

Le 27 mars 1891, à huit heures du matin, sous un ciel tout de gris habillé, je retraversais la ville encore à peu près nouvelle à mes yeux de débarqué de la veille. Et au débouché de la dernière rue, sur le point de prendre pied dans le port, de franchir la démarcation bien tranchée dans cette région du Havre où cesse la vie civile proprement dite pour faire place au mouvement du monde flottant, le dernier spectacle entrevu fut une jeune servante enfonçant à grand fracas une large vitre de boutique par la manœuvre maladroite d’un volet mobile. Cette image, d’un fait assez insignifiant, est bizarrement restée peinte dans ma mémoire, sans doute comme le souvenir du dernier incident qui ait frappé ma vue au sortir de France, au moment d’entreprendre une longue navigation et d’entrer dans un éloignement destiné à durer des années.