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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/313

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croissante mobilité des molécules humaines. Le ministre de l’intérieur ne peut pas dire, comme les photographes : « Ne bougeons plus ! » Quelle que soit la date choisie pour l’opération, il y a ce jour-là, outre les pauvres diables qui n’ont ni feu ni lieu, une foule de gens qui, pour une raison ou pour une autre, se trouvent hors de leur domicile. Songez que nos chemins de fer notent une moyenne quotidienne de près d’un million de voyages ! Il est vrai que l’activité de la circulation change notablement selon IHS saisons et selon les jours de la semaine. Les recensemens de 1876 et de 1881, qui ont eu lieu en décembre, valaient mieux, en cela, que celui de 1886 qui s’est fait en mai, et que celui de 1890 qui s’est fait en avril, un dimanche. Depuis 1881, pour tenir compte de la difficulté résultant des absences, on compte et on enregistre, en même temps que la « population domiciliée ou « population légale » la « population présente » ou « population de fait. » Cette distinction offre certains avantages, mais elle a l’inconvénient de compliquer les choses et de dérouter l’esprit, d’autant que les deux additions ne sont jamais d’accord. A priori, le nombre des étrangers qui visitent la France étant d’ordinaire supérieur au nombre des Français qui voyagent à l’étranger, on s’attendrait à trouver pour la population de fait un chiffre plus élevé que pour la population de droit. Or, c’est le contraire qui arrive, et le déficit est même considérable : 267,000 unités en 1881, 288,000 en 1886. Il est donc certain que les allans et venans échappent en grand nombre aux perquisitions des recenseurs, et toutes les classifications qui portent sur la population de fait restent incomplètes.

La population domiciliée comporte elle-même plus d’une cause d’erreur. Non-seulement l’administration se trompe, errare humanum est ; mais on la trompe souvent, quand on croit avoir intérêt à la tromper, et l’impunité qui semble acquise aux fraudes de ce genre est de nature à les encourager. Après le dénombrement de 1886, le bureau de la statistique générale a pu démontrer mathématiquement qu’un certain nombre de communes avaient exagéré ou atténué à dessein leur importance. Telle commune où l’on a trouvé 2,005 habitans n’en avouera que 1,995, par exemple, et telle autre qui n’en a que 398 en déclarera 402. Pourquoi ? Parce que, dans le premier cas, il y a à ne pas atteindre 2,000 l’avantage d’éviter certaines surcharges fiscales ; et parce que, dans l’autre hypothèse, il y a à dépasser 400 le profit pécuniaire d’une subvention pour les écoles de filles. Nul doute que le dénombrement de 1891, soumis aux mêmes analyses que le précédent, ne trahisse les mêmes spéculations. Dans un village du centre, où l’on désirait faire porter de 10 à 12 le nombre des conseillers