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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/206

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On a constaté, dans tous les temps, qu’assembler les hommes soit en lieu clos, soit sur une place publique, ce n’est pas seulement additionner des unités pour en former un total, mais que ces unités, en s’assemblant, s’altèrent ou se modifient. Comme l’a remarqué Hegel, les êtres qui s’accroissent indéfiniment n’augmentent pas seulement d’étendue ou d’importance ; le moment vient où leur caractère se dénature, et les changemens de quantité se traduisent en des changemens de qualité. Appliquez ce principe aux réunions d’hommes, et vous pourrez dire avec un sociologue connu « que la capacité individuelle des personnes dont elles se composent n’est pas toujours une garantie sûre de leur capacité collective ; qu’en réunissant des gens sensés, on peut obtenir une assemblée qui n’a pas le sens commun, comme dans la chimie de l’union de deux gaz, on peut obtenir un liquide ; qu’en un mot, le rassemblement des individus ne donne jamais un résultat égal à celui qu’on pouvait attendre de la somme de ces individus additionnés ensemble. »

Quiconque a l’habitude des assemblées en a dit autant, sans employer les termes d’école, et ce qui est vrai des assemblées régulièrement formées paraît plus vrai encore à ceux qui ont vu de près ces