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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/173

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sauterelles, tombent quelquefois sur la mer, en couvrent une certaine étendue, et se déplaçant avec l’onde même qui les a d’abord reçus, arrivent fort loin sans être dispersés. Une lame énorme est venue un jour jeter sur les plages de l’île de la Réunion un amas de pierres ponces qui furent reconnues provenir d’un des nombreux volcans de Timor, situé à plus de deux mille lieues. Faisant en quelque sorte corps avec la lame même sur laquelle le volcan les avait vomis, ces débris flottans avaient, avec elle, traversé la vaste étendue de l’Océan indien.

En attendant donc la rare occasion d’une tempête assez violente pour les mélanger aux flots de l’Océan, les eaux d’égout s’étaleraient sur les plages, au gré du flux et du reflux ; et leur fermentation ne serait pas sans inconvéniens ni même sans danger pour toutes les populations pressées sur le littoral. — On n’aurait fait que transmettre à d’autres le mal dont on ne veut plus souffrir soi-même. Le département de Seine-et-Oise serait débarrassé de l’infection : Dieppe et le Tréport seraient remplis de miasmes nauséabonds. — Mais cette pensée égoïste, si peu avouable, était loin, nous en étions sûrs d’avance, du cœur de ceux qui ont parlé du tout à la mer. Ce n’est pas à la mer en réalité qu’ils veulent porter les eaux des égouts de Paris, mais dans les dunes du littoral, qu’on chargerait de les épurer en se fertilisant elles-mêmes du même coup. On veut aller faire entre les embouchures de la Somme et de l’Authie ce qu’on fait déjà en partie à Gennevilliers, ce qui va se continuer à Adhères, ce pour quoi on dispose dans un rayon peu étendu, autour de la capitale, de surfaces considérables. Il semble qu’on peut s’en tenir là, et confier à d’autres villes, plus favorablement situées à ce point de vue, le soin d’aller, de leurs eaux résiduaires, féconder les dunes picardes.

Pour nous, nous devons souhaiter que l’heure soit proche où la maison, la ville et le fleuve seront enfin assainis. — Donc : de l’eau en abondance pour la dilution des immondices ; une canalisation appropriée à leur évacuation immédiate, rapide, sans stagnation ; enfin de vastes surfaces consacrées à l’irrigation ; voilà ce qu’il faut avoir pour pouvoir réaliser le tout à l’égout et accomplir le programme des hygiénistes, devenu celui du conseil municipal et du gouvernement lui-même [1]. — C’est beaucoup d’argent, dira peut-être quelqu’un. — Préférez-vous la fièvre ?


J. FLEURY.

  1. Voir la séance de la chambre des députés du 25 octobre 1892. Admission d’un amendement en ce sens, présenté par M. Trélat.