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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/152

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développement total du réseau. L’inconvénient s’atténue dans les égouts suivans, secondaires, tertiaires et autres. Les dimensions, heureusement, n’en croissent pas proportionnellement à leur rang hiérarchique, tandis qu’au contraire les apports de leurs affluens en augmentent le débit en le régularisant. Cependant, pour trouver réalisée d’une façon à peu près satisfaisante cette condition indispensable de salubrité, réclamée par tous les hygiénistes ; — dilution et circulation rapide, sans arrêt, des matières fermentescibles, — il faut arriver jusqu’aux collecteurs secondaires, tels par exemple, que celui du boulevard Sébastopol. A partir de là, l’eau coule en quantité suffisante et d’un mouvement continu. Les trois grands collecteurs enfin sont de véritables rivières. On s’explique très bien que la régularité imposante de leur débit, leurs dimensions grandioses, le fini de leur construction, tout cet ensemble excite l’enthousiasme des touristes que, dans la belle saison, on y promène en trains de plaisir. On ne leur montre pas le reste du réseau. On ne leur signale pas non plus la lenteur avec laquelle cheminent les bancs de sable dont est encombré le lit de ces artères magistrales ; on ne leur dit pas qu’en dépit des moyens de curage fort ingénieux auxquels on a recours, ils mettent plus de deux semaines à atteindre, Dieu sait en quel état, le terme de leur voyage.

On aime à comparer l’ensemble de la distribution d’eau pure et du réseau d’égouts à l’appareil circulatoire du sang chez les vertébrés. Il est flatteur, en effet, de penser qu’on a presque aussi bien fait que la nature dans une de ses plus ingénieuses organisations. Sans doute, — pour nous en tenir aux égouts, — les grands collecteurs figurent assez bien la veine cave apportant au cœur tout le sang, qui, après son passage à travers l’organisme, demande à être régénéré. Le ventricule droit sera, si l’on veut, figuré par la machine de Clichy, et nous consentons à admettre que l’épuration de Gennevilliers peut être comparée à celle qui s’accomplit dans les poumons. Mais on omet d’ajouter que le reste du système dans ses ramifications les plus profondes est distendu en varices démesurées, et que l’eau souillée, qui joue le rôle de sang veineux, s’y coagule et y pourrit définitivement, au lieu de circuler.

Telle est la situation actuelle. On l’aggraverait certainement de la façon la plus dangereuse pour la santé publique, si, sans modification du système défectueux que nous venons de signaler, on prétendait, aux souillures que reçoit déjà l’égout primaire, ajouter ce qui s’emmagasine dans les trop nombreuses fosses encore existantes.

Aucune des villes assainies que nous citions tout à l’heure ne possède d’égouts semblable à ceux que nous venons de décrire.