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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/111

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par l’approbation éclatante qu’il donna à la convention : il n’hésita pas à l’appeler un des traités les plus caractéristiques du XIXe siècle. Le principe lui en paraissait excellent et susceptible d’être généralisé : « Nous ne voyons point, disait-il, de motif à ce que chaque État ait une monnaie séparée. Chaque État peut garder son contrôle, parce que sa loyauté est toujours mieux appréciée par ses propres sujets ; mais le contrôle de tous peut s’exercer sur des monnaies de même poids et de même qualité. » Après avoir reconnu que l’échelle des monnaies consacrée par la convention était excellente, le journal anglais insistait sur les avantages qui pouvaient découler de son extension : « Ce serait, disait-il, matière à de graves regrets si nos vieilles habitudes insulaires nous empêchaient de l’adopter. Si nous l’adoptions, nous pourrions espérer qu’elle deviendrait d’abord l’unique monnaie européenne, et, plus tard, du monde civilisé. Si nous donnions l’exemple, il serait sans aucun doute suivi par l’Allemagne, les États du Nord de l’Europe, et, bientôt, par la Russie. Chaque nouvelle accession au système d’une monnaie uniforme constitue un nouveau motif à d’autres accessions. L’inconvénient pour nous de rester en dehors de cette association augmente avec son extension. Si nous nous y joignons, nous pouvons exercer de l’influence sur le commerce universel à un bien plus haut degré que tout autre État. Nous pouvons introduire la nouvelle monnaie dans l’Inde, l’Afrique, l’Australie et l’Amérique. Les États-Unis ont trop d’activité et d’initiative pour demeurer en arrière. Ils se joindraient bientôt à un mouvement dont l’utilité est évidente et qui serait soutenu par la France et l’Angleterre. » On voit quelles vastes perspectives l’écrivain anglais ouvrait devant l’Union latine et avec quelle impartialité et quelle justice il appréciait l’initiative prise par la France ; mais la partie la plus importante et la plus remarquable de son article consistait dans les argumens pratiques qu’il faisait valoir pour persuader ses compatriotes : « En restant étranger à cette union, non-seulement nous perdons le grand avantage d’avoir une monnaie unique au point de vue des voyages, mais bien d’autres bénéfices plus grands encore, quoique moins apparens. Et d’abord une immense simplification de toutes les transactions du change. Si tous les États avaient une seule monnaie, le change serait regardé à son vrai point de vue, comme la marque de la dette comparative des divers États. Ce qui est pour tout le monde un problème insoluble deviendrait alors un fait simple et clair. D’un autre côté, nous autres Anglais, nous y gagnerions une somme considérable de connaissances utiles. Une monnaie unique supprimerait mainte difficulté artificielle : les prix du Havre seraient ceux de Liverpool ; les comptes-rendus de la